Le spectre d’une grève générale planait sur le secteur pétrolier tchadien à la mi-août, après le dépôt d’un préavis par les syndicats des employés de la China National Petroleum Corporation International Chad (CNPCIC). En cause : l’application jugée tardive et incomplète de la convention collective-type du secteur pétrolier, pourtant obligatoire depuis début 2025. Mais au-delà du retard, les travailleurs dénonçaient surtout de profondes inégalités salariales. Là où un opérateur expatrié touche en moyenne 618 dollars par jour (soit 346 080 Fcfa), selon le syndicat, ses homologues tchadiens perçoivent plusieurs fois moins pour des postes équivalents. Une disparité devenue symbole d’injustice sociale et catalyseur de la contestation. Face à la menace, le gouvernement a multiplié les médiations et vient de marquer des points décisifs.
Lire aussi : Trafigura vise un rôle central dans la logistique du pétrole de Belanga
En effet, la ministre du Pétrole, des Mines et de la Géologie, Ndolenodji Alixe Naïmbaye, s’est placée en première ligne pour éviter une paralysie de l’or noir tchadien. Le 15 août, elle a convoqué autour de la table la CNPCIC, les délégués syndicaux et le comité interministériel chargé d’harmoniser la situation des travailleurs tchadiens. Au cœur des discussions : la grille salariale de la convention collective. Après de longues négociations, Liu Hénian, président de la CNPCIC, a accepté de l’appliquer dès janvier 2026. « Certaines primes feront encore l’objet d’ajustements », a précisé le gouvernement tchadien dans un communiqué, mais l’accord marque un tournant après des mois de blocage.
Mettre les sous-traitants au pas
Trois jours plus tard, le 18 août, la ministre réunissait cette fois les délégués des sociétés sous-traitantes de Tchad Petroleum Company (TPC). Ceux-ci dénonçaient l’absence de dialogue. La réponse gouvernementale a été claire : la convention collective-type s’impose à toutes les sociétés du secteur, sous-traitants compris. « Chaque entreprise devra négocier une convention interne sur cette base. » Pour garantir son application, un dispositif de suivi inédit a été mis en place, associant la nouvelle Direction du Contenu Local, le comité interministériel et l’Office national pour la promotion de l’emploi (ONAPE). Le directeur général de TPC, Alladoum Désiré Nandongongar, a été instruit de notifier officiellement ses sous-traitants.
Un front social désamorcé
Dans la foulée, le membre du gouvernement a présidé la signature du procès-verbal validant les discussions autour de la convention collective-type, en présence de la CNPCIC, des syndicats et du comité interministériel. Le gouvernement a en outre garanti aux délégués qu’ils ne feraient l’objet d’aucune représaille. Ces gages ont, selon le ministère, convaincu les syndicats de lever leur préavis de grève.
Lire aussi : Transport aérien : Royal Airways Tchad choisit Douala pour lancer ses opérations régionales
Une victoire politique et sociale pour N’Djamena, qui a réussi à préserver la paix sociale dans un secteur vital.
Une production maintenue par CNPC
Rappelons que la China National Petroleum Corporation (CNPC) est présente au Tchad depuis 2007, à la suite de l’obtention des permis d’exploration et de production sur les blocs pétroliers de Bongor et de Rônier. Devenue le premier producteur du pays, sa filiale CNPC Tchad a vu sa production annuelle passer d’environ 1 million de tonnes à ses débuts à plus de 5 millions de tonnes aujourd’hui. Selon le Rapport statistique mondial de l’énergie de l’Energy Institute, la production nationale s’est établie à 6,7 millions de tonnes en 2024, en baisse de 4,6 % sur un an, plaçant le Tchad derrière le Gabon (11,2 Mt) mais devant la Guinée équatoriale (4,3 Mt).
Lire aussi : Fret aérien : le Tchad négocie avec Turkish Airlines pour faire de N’Djamena un hub régional

