L’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) a dénoncé, le 12 août, l'opposition de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) à la vérification de sa gestion financière pour la période 2024-2026. La direction de cette entreprise publique, qui génère plus de 70 % des recettes de l'État, s'est d'abord opposée à la transmission des factures de vente de brut destinées au négociant suisse de matières premières Glencore, dont le Tchad continue d'éponger la dette contractée en 2014. « Malgré plusieurs relances, la Directrice générale, le Directeur Général adjoint et la Directrice commerciale de la SHT ont refusé de communiquer ces documents », souligne l'institution logée à la présidence de la République dans son communiqué.
Cette rétention d'information visait à bloquer l'analyse des transactions pétrolières de l'État. Pour expliquer le bien-fondé de son exigence, l'AILC rappelle que « dans l’accomplissement de cette mission, les contrôleurs ont sollicité la communication de documents indispensables à l’examen des opérations de commercialisation du pétrole brut par la SHT, notamment les factures de vente adressées à la société Glencore. Ces documents permettraient de vérifier l’exhaustivité, la sincérité et la régularité des recettes issues de la commercialisation ». Si l'organe anticorruption indique avoir finalement réussi à convaincre la SHT de se plier à la loi en obtenant les pièces contre décharge, l'opération a brusquement dégénéré.
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Selon l'AILC, le directeur général de l'Agence nationale de sécurité de l’État (ANSE), accompagné d'agents lourdement armés, a fait irruption dans les locaux de la SHT. L'équipe d'audit a été « arrêtée, menottée, encagoulée et détenue pendant plusieurs heures ». Outre la confiscation de son matériel informatique et de ses téléphones, une autre unité des services de renseignement a tenté de forcer l'accès au siège de l'AILC. Face à cette entrave, la direction de l'AILC maintient fermement ses activités de contrôle au sein de la compagnie pétrolière afin d'établir la transparence sur la gestion des ressources extractives et d'identifier les responsabilités liées à ces obstructions.
Annoncée le 3 juillet 2026, cette vaste mission d’audit cible également Tchad Petroleum Company (TPC), la Société nationale d’exploitation minière et de contrôle (Sonemic) et la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS).
Cette offensive pour la gouvernance intervient alors que N'Djamena fait face à une urgence budgétaire, avec plus de 1 000 milliards de FCFA de pertes cumulées de revenus pétroliers sur les deux dernières années. Historiquement, la SHT est régulièrement visée par des enquêtes financières : en 2022, un retrait illégal estimé à 13 milliards de FCFA de ses comptes avait conduit à l'arrestation, par cette même ANSE, de l'ancien directeur général d'Orabank Tchad, Mamadou Bass.
Rappelons que pour l'heure, la SHT n'a pas encore officiellement réagi aux révélations de l'Autorité de lutte contre la corruption.
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