Etihad Airways, la compagnie aérienne nationale des Émirats arabes unis, et Ethiopian Airlines ont officiellement lancé leur accord de partage de code signé en mars, le 8 juin. Cet accord vise à « renforcer la connectivité entre l'Afrique et l'Asie, l'Australie et le Moyen-Orient », selon l’agence de presse WAM. Concrétisant une collaboration stratégique inédite, cette étape est la première du genre entre un transporteur africain majeur et une compagnie du Moyen-Orient, prélude à une future joint-venture. Elle positionne Etihad, jusqu’ici principalement présente en Afrique de l’Est et du Nord, pour une croissance rapide sur le continent africain, en s'appuyant sur le vaste réseau d'Ethiopian Airlines qui couvre 55 destinations internationales dans 33 pays, y compris celles des nations de la CEMAC. Mais derrière cette volonté affirmée se cache une stratégie commerciale ambitieuse.
Une stratégie axée sur la collaboration et l'expansion du réseau
Cette initiative représente un pivot stratégique vers une collaboration à long terme plutôt que la concurrence. La coentreprise entre Etihad et Ethiopian Airlines, dont le lancement opérationnel complet est prévu pour juillet 2025, est conçue pour créer un flux de passagers fluide entre le réseau Asie-Australie d'Etihad et surtout la vaste couverture africaine d'Ethiopian, qui dessert 90 destinations sur le continent. Concrètement, Ethiopian Airlines lancera des vols quotidiens entre Abu Dhabi et Addis-Abeba à partir du 15 juillet 2025, tandis qu'Etihad opérera sur la même route dès le 8 octobre 2025.
Lire aussi : Ethiopian Airlines relève de 40% la fréquence de ses vols en RCA
Parallèlement à la concrétisation des liens avec le géant africain Ethiopian, Etihad intensifie agressivement ses opérations en Afrique, avec une augmentation de 70 % des vols par rapport à 2024, incluant le doublement des vols hebdomadaires vers Nairobi (Kenya) à partir du 15 décembre 2025, l'ajout de 3 vols hebdomadaires supplémentaires vers Casablanca (Maroc), 4 vers Johannesburg (Afrique du Sud), et 4 vers les Seychelles via un partenariat avec Air Seychelles. De nouvelles destinations comme Alger, Tunis et Al Alamein ont également été ajoutées au réseau, renforçant la présence d'Etihad en Afrique du Nord et du Nord-Est.
Un souffle nouveau pour le transport aérien en Afrique centrale ?
Il est important de noter que la zone CEMAC, où Ethiopian Airlines dessert déjà les six pays membres, fait face à des défis persistants en matière de transport aérien. Hormis le Gabon, qui maintient une certaine dynamique après la nationalisation d'Afrijet, les cinq autres pays membres – le Cameroun, le Congo, la Guinée Équatoriale, le Tchad et la RCA – sont confrontés à des difficultés notoires. Le Cameroun, par exemple, doit composer avec une compagnie nationale, Camair-Co, lourdement endettée et des problèmes logistiques récurrents qui entravent sa performance.
Lire aussi : Transport aérien : Rwandair cède 49% de son capital à Qatar Airways pour renforcer sa présence en Afrique centrale
Par ailleurs, plusieurs compagnies aériennes opérant dans la région, telles que Ceiba Intercontinental, Cronos Airlines, Trans Air Congo, Société Nouvelle Air Congo (locale), Canadian Airways Congo et Equaflight Service, figurent sur la liste noire de l'Union européenne, étant jugées « peu sûres » et faisant l’objet d’une interdiction d’exploitation au sein de l’UE. Bien que cette région soit déjà entièrement desservie par Ethiopian Airlines, l'arrivée d'Etihad Airways via ce partenariat inédit pourrait offrir une nouvelle expérience de voyage et une connectivité améliorée, potentiellement stimulant la concurrence et la qualité des services pour les voyageurs et le fret dans cette zone stratégique.
Potentielle manne pour le commerce et le tourisme africain
Dans un contexte où la demande globale dans le transport aérien de l'Afrique vers le monde est prévue en hausse de 4,7 % d’ici 2030, le renforcement des opérations d’Etihad sur le continent présage un enjeu stratégique majeur. Forte d’une flotte de plus de 90 avions actifs, cette expansion pourrait offrir des gains de marché incrémentiels pour les liaisons Afrique-Europe grâce à une coordination optimisée des hubs. Ce positionnement est stratégiquement adapté non seulement au voyageur moderne, mais aussi aux corridors commerciaux, aux communautés de la diaspora et aux industries du tourisme, créant ainsi un pont entre les continents pour les passagers comme pour les marchandises. Le potentiel du marché africain est immense, avec Ethiopian Airlines transportant 25 millions de passagers par an.



