Le premier avion de la compagnie Fly Gabon, co-entreprise mise en place à la suite du rachat de 56% de la compagnie aérienne privée Afrijet par Fly Air Gabon Holding, le véhicule d’investissement de l’État gabonais dans le transport aérien, a été réceptionné à Libreville le 16 juin 2024. L’aéronef de type ATR 72-600, doté de 70 places, a atterri à l’aéroport international Léon Mba, dans la capitale gabonaise, rendant encore plus probable le vol inaugural de la nouvelle compagnie à la fin du mois de juin courant. Ce premier aéronef devrait être suivi, au cours des prochaines semaines, par un 2ème, l’Etat gabonais ayant récemment acquis deux aéronefs auprès du constructeur ATR pour relancer le pays sur le marché du transport aérien, en s’appuyant sur le savoir-faire de la compagnie privé Afrijet, dont il a pris le contrôle en y rachetant des parts majoritaires le 12 mars 2024.
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« Le choix du gouvernement a été motivé par l’expertise, le réseau, les infrastructures et la résilience de la compagnie Afrijet aux différentes crises auxquelles le secteur aérien a été confronté ces dernières années. A terme, le processus vise une reprise en main par l’Etat du secteur aérien, contribuant ainsi à l’amélioration de la desserte du territoire national, à la pérennisation de l’offre de service du transport domestique et au rayonnement du Gabon à l’international », révèle le ministère gabonais de l’Economie et des Participations dans un document publié en mars 2024, qui dresse « le bilan des 200 jours » du gouvernement de transition. En d’autres termes, 18 ans après la faillite d’Air Gabon en 2006, le Gabon, à travers notamment le secteur public, veut redorer son blason sur le marché du transport aérien, dont les dividendes au plan local tombent principalement dans l’escarcelle des compagnies étrangères.
Afin d’inverser cette tendance, l’Etat entend d’abord positionner Fly Gabon sur le marché domestique. En effet, dans un rapport sur le transport aérien en Afrique, la Banque africaine de développement (BAD) révèle qu’« en Afrique centrale, le Gabon se distingue en termes de trafic domestique, (…) du fait d’un trafic routier difficile ». Au demeurant, bien que les vols domestiques soient prépondérants dans le transport aérien au Gabon, avec une augmentation de 89% (contre 56% pour les vols internationaux) en glissement annuel entre janvier et septembre 2021, selon les officiels, le transport par avion a beaucoup reculé dans le pays au cours des deux dernières décennies.
L’obstacle du billet d’avion
A titre d’illustration, alors que le pays affichait 545 640 passagers transportés en 2008, soit sa plus grosse performance depuis les années 70, selon les chiffres de la banque mondiale, le nombre de passagers transportés au départ et à l’arrivée au Gabon s’est progressivement amenuisé. Selon l’institution de Bretton Woods, ce nombre est descendu sous la barre de 200 000 passagers en 2011 (121 233 passagers au total), puis sous la barre de 100 000 en 2012 (42 729 passagers), avant de remonter à 137 331 passagers en 2015. Au cours des neuf premiers mois de l’année 2021, plus de 300 000 passagers ont atterri ou décollé au Gabon, selon les officiels locaux. Sur la même période en 2023, le nombre de passagers transportés par voie aérienne au Gabon a reculé de 12,2% en glissement trimestriel, en dépit d’un accroissement des passagers sur les vols domestiques au cours de la période (+63%), selon la note de conjoncture trimestrielle du ministère de l’Économie et des Participations.
Selon les autorités gabonaises, cette perte de vitesse des activités dans le transport aérien, malgré un léger regain observé au cours de la dernière décennie, est consécutive à « la hausse des prix des billets décidée à la suite de l’augmentation du prix du kérosène, mais également de la taxe aéroportuaire de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) ». A cette cause conjoncturelle, il faut ajouter une cause structurelle, qui est la qualité des infrastructures aéroportuaires du Gabon. Nombre d’entre elles ne répondent pas toujours aux normes édictées par l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci), souligne-t-on au sein de l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac). Il s’agit là d’autant de leviers que l’Etat gabonais a décidé d’actionner, afin de pouvoir redorer le blason du pays sur le marché du transport aérien.
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C’est à ce titre que depuis le mois de mars 2024, dans le sillage de mesures gouvernementale visant à lutter contre la vie chère au Gabon, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a été supprimée sur les billets d’avion pour les vols domestiques, induisant une baisse des prix de 10%. Ce qui, selon les chiffres du ministère de l’Economie et des Participations, va induire une dépense fiscale de plus de 246 millions de FCfa en 2024. De sources gouvernementales, le Gabon réfléchit également à la réduction de la taxation du carburant industriel, présenté comme l’une des causes principales du renchérissement des titres de transport.
Dans la même veine, l’Etat gabonais peaufine un programme de rénovation de certains aéroports, afin de les mettre aux normes internationales et densifier son réseau infrastructurel pour une meilleure desserte du pays, aussi bien par les vols domestiques qu’internationaux. Pour ce faire, apprend-on de sources gouvernementales, des discussions sont en cours avec des entreprises canadienne et tchèque. Pour l’instant, le nombre d’aéroports concernés par ces rénovations n’ont pas été précisées. L’on se souvient cependant que depuis le mois d’avril 2024, le ministère gabonais des Transports a listé 10 aéroports provinciaux jugés vieillissants, et nécessitant une toilette.








