Serge Ekué peut se targuer d'un bilan qui plaide pour la continuité, mais la politique régionale pourrait en décider autrement, ou du moins retarder la décision. Alors que son premier mandat à la présidence de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) arrive à échéance ce 28 août, le Béninois n'a toujours pas été officiellement reconduit dans ses fonctions, à quelques heures de cette échéance. Si sa reconduction à la présidence de la BOAD, poste qu'il occupe depuis 2020, fait consensus, le processus reste néanmoins suspendu à une décision politique.
Selon les informations de Jeune Afrique, « il doit d'abord être proposé par le président béninois, Romuald Wadagni. Les deux hommes étant particulièrement proches, il s'agit d'une formalité. Cette proposition doit ensuite être validée par les chefs d'État, avant d'être formellement entérinée par le Conseil des ministres de l'UEMOA ».
Or, c'est précisément au niveau politique que se situe le principal verrou. La dernière réunion formelle de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de l'UEMOA remonte au 30 juillet 2023. Depuis, les tensions entre certains dirigeants de la région, aggravées par les coups d'État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ont considérablement compliqué la tenue des rencontres au sommet.
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Cette incertitude ne rend pourtant pas justice à Serge Ekué, au regard du bilan financier et opérationnel affiché par la BOAD au cours de ses six premières années de présidence. Dès son arrivée, le nouveau président avait engagé l'institution dans le plan stratégique Djoliba 2021-2025, avec une ambition de financement initialement fixée à environ 3 300 milliards de FCFA, soit une hausse d'environ 50 % par rapport au précédent cycle stratégique. Au moins un quart de cette enveloppe devait être orienté vers le secteur privé.
Au terme de ce cycle, les résultats ont même dépassé les objectifs initiaux. Selon les données relatives au bilan 2025 de l'institution, 3 765,7 milliards de FCFA de financements ont été mis en place sur la période 2021-2025, contre une prévision quinquennale de 3 351,5 milliards de FCFA, soit un taux de réalisation de 112,3 %. La seule année 2025 a vu l'approbation, par l'institution, de 935,8 milliards de FCFA de financements pour 64 projets structurants, et jusqu'à 1 522 milliards de FCFA de ressources mobilisées au final. Le changement d'échelle est également visible dans le bilan de la banque : à fin 2024, son total actif avait atteint 3 893,5 milliards de FCFA, contre 3 482 milliards de FCFA un an plus tôt.
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Le résultat net s'était établi à 39,4 milliards de FCFA, en progression de 8,1 %, tandis que les fonds propres effectifs atteignaient 1 390,8 milliards de FCFA. Au premier semestre 2025, le total de bilan avait encore progressé de 9,32 %, pour atteindre 4 256,5 milliards de FCFA.
Le renforcement du capital constitue un autre marqueur du mandat d'Ekué. La première étape de l'augmentation de capital, décidée dans le cadre de Djoliba, a porté le capital de la BOAD de 1 155 milliards à 1 709,35 milliards de FCFA, soit une hausse de 554,35 milliards de FCFA en valeur absolue. Cette stratégie vise à permettre à l'institution d'accroître significativement sa capacité d'engagement.
Surtout, la BOAD a préservé sa crédibilité auprès des marchés et des investisseurs. En 2024, Moody's et Fitch Ratings ont maintenu les notations « Investment Grade » de l'institution, respectivement à Baa1 et BBB. En 2025, la perspective de sa notation a même été relevée de « négative » à « stable », dans un contexte pourtant marqué par les fragilités budgétaires de plusieurs États de l'Union.








