Au 30 septembre 2025, les chiffres du Comité national économique et financier (CNEF) du Cameroun, non encore publiés mais révélés le 02 février dernier lors de la conférence annuelle des services centraux et déconcentrés du ministère des Finances par son secrétaire général, Gilbert Didier Edoa, indiquent que les entités publiques du Cameroun détenaient plus de 700 milliards FCFA de dépôts dans les banques commerciales. Les administrations publiques font donc de la résistance en maintenant ouverts des comptes dans les livres des banques commerciales et en y déposant des ressources importantes, une situation qui contribue à l’érosion de la liquidité du Trésor public et de ses correspondants, dans un contexte de tensions de trésorerie aiguës. Cette pratique se fait, en effet, en violation de l’article 79 de la loi n° 2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier de l’État et des autres entités publiques.
Lire aussi CEMAC : les emprunteurs défaillants désormais interdits d’accès à leurs comptes bancaires
Celui-ci dispose, en son alinéa 1, que « les ressources sont toutes, quels qu’en soient la nature et l’attributaire, encaissées et gérées par des comptables publics. Elles sont versées et conservées dans un compte unique ouvert au nom du Trésor à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) ». Il prévoit par ailleurs que « les dépenses publiques sont payées à partir de ce compte unique sur ordre des comptables publics » (alinéa 3). En conséquence, « aucun compte ne peut être ouvert par une administration publique dans une banque commerciale, sauf autorisation expresse du ministre chargé des Finances dans les cas et dans les conditions déterminées par décret pris sur son rapport. Les fonds détenus par les comptables publics sont gérés selon le principe de l’unicité de caisse » (alinéa 5). Depuis le 03 octobre 2019, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a sommé toutes les entités publiques éligibles au compte unique du Trésor de clôturer « sans délai » leurs comptes domiciliés dans les banques commerciales et de reverser les soldes au compte unique du Trésor ouvert à la BEAC.
Lire aussi : CEMAC : la BEAC appelle à mobiliser l’épargne régionale pour financer les grands projets
La mise en place du compte unique du Trésor est l’une des réformes phares contenues dans le Programme des réformes économiques et financières de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (PREF-CEMAC). Au niveau régional, les États avaient jusqu’à mai 2025 pour opérationnaliser cette réforme au plan national. Si le Cameroun et, dans une moindre mesure, le Gabon ont réalisé des avancées notables, aucun gouvernement n’est parvenu jusque-là à parachever la mise en place de cet instrument budgétaire visant la centralisation de l’ensemble des soldes des comptes bancaires de l’État et des entités publiques à la BEAC, dans le but d’optimiser la trésorerie en évitant les fonds oisifs, en améliorant le contrôle des dépenses publiques, en facilitant le suivi des recettes et, enfin, en assurant la transparence financière.
Priorités
Au Cameroun, l’une des explications du retard observé dans la migration vers le compte unique est purement technique. Mais le secrétaire général du ministère des Finances assure que « tous les prérequis ont été réalisés. Nous attendons simplement la finalisation de la plateforme technique ». Une séance de travail a eu lieu le 02 février sur la question entre la BEAC, le secrétaire général du MINFI et un expert venu de Washington. « C’est une réforme à laquelle nous tenons beaucoup parce que nous ne pouvons pas aller sur le marché pour lever 5 milliards Fcfa ou 10 milliards Fcfa, alors qu’on a 500 milliards, 600 milliards Fcfa ou 700 milliards Fcfa dans les banques commerciales », indique Gilbert Didier Edoa. Le Fonds monétaire international (FMI), qui vient d’achever une mission au Cameroun et qui, dans ses conclusions, note un relâchement de la discipline budgétaire, a recommandé une fois de plus au gouvernement, entre autres priorités, l’opérationnalisation effective du compte unique du Trésor.
Lire aussi : Financement du budget : la stratégie du Cameroun pour mobiliser 1 650 milliards FCFA en 2026









