Au Cameroun, le « Compact Énergétique National », plan quinquennal (2025-2030) de modernisation du secteur de l'électricité, annonce l’instauration d’un mécanisme musclé de sécurisation financière dont l'objectif est de « garantir le paiement régulier et intégral des factures des entités publiques d’ici 2026 ». Ce dispositif de contrainte au paiement s'articule autour de mesures précises ciblant, entre autres, les Établissements publics. Le principe fondamental réside dans l'automatisation du règlement : il s'agit d'« introduire dans le fichier de payement des salaires du mois "n" les factures d’électricité du mois "n-1" », instaurant de fait une saisine automatique sur rémunération pour assurer un paiement systématique et garanti.
Parallèlement, ces entités seront désormais contraintes d’intégrer dans leurs budgets le règlement de leurs arriérés de consommation. Enfin, pour les dettes persistantes, la mesure prévoit le « prélèvement à la source des subventions » : l'État pourra directement opérer une compensation en retenant les montants dus sur les fonds alloués aux établissements défaillants. Ces mécanismes visent à mettre fin définitivement à l'accumulation des créances.
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En ce qui concerne les entreprises publiques, Yaoundé prévoit de « prélever à la source, pour les entreprises bénéficiaires des acomptes, les montants dus aux consommations d’électricité. En d’autres termes, au lieu de laisser l'entreprise publique payer sa facture, l'État va directement déduire le montant dû de l'acompte versé. Une autre mesure table sur « des budgétisations à due concurrence avec la décision tarifaire et les estimations prévisionnelles prises par l’Agence régulation du secteur de l’électricité (ARSEL). Celle-ci met en lumière un scénario où le prix de l'électricité est maintenu artificiellement bas pour les consommateurs, et l'État devrait compenser le concessionnaire pour le manque à gagner etc. le budget doit prévoir le montant exact de cette compensation, telqu'évoqué par le régulateur.
800 milliards FCFA de dette cumulée par Eneo
Pour consolider l'équilibre financier du secteur, le gouvernement s'engage par ailleurs à mettre en œuvre un volet réglementaire et structurel d'ici fin 2025. Ces mesures incluent l'élaboration d'un plan de règlement des dettes croisées entre l'État et le concessionnaire, la rédaction d'un texte réglementaire contraignant définissant les modalités de paiement des factures d'électricité par l'Administration centrale, ainsi que la définition de mécanismes de maîtrise de l'énergie dans les bâtiments et structures publiques. A en croire le "Compact Énergétique National'', l'urgence d'agir est motivée par la situation financière critique d'Eneo : le concessionnaire de la distribution de l'électricité au Cameroun cumulait fin 2024 une dette colossale d'environ 800 milliards FCFA (dont 500 milliards FCFA de dette fournisseur), tandis que ses propres créances sur le marché n'atteignaient qu'environ 80 milliards FCFA.
Dans une interview accordée à Investir au Cameroun en avril 2024, Amine Homman Ludiye, le Directeur général d’Eneo, avait révélé que l'entreprise émet mensuellement environ 7 milliards FCFA de factures destinées aux entités publiques (administrations, entreprises, hôpitaux, universités, etc.). Or, le top management déplorait que le recouvrement réel était faible : seulement 1,5 milliard FCFA encaissé en janvier et 1,8 milliard FCFA en février de la même année. Sur la base de ces chiffres, sur deux mois, Eneo n'aurait dû encaisser que 3,3 milliards FCFA sur les 14 milliards FCFA attendus. Ce déficit de 10,7 milliards FCFA représente un taux de recouvrement moyen d'à peine 23,6% sur cette période.








