La Société nationale des mines (Sonamines) du Cameroun envisage de tripler la part de l'État dans les projets miniers portés par les industriels. Cette ambition a été révélée le 24 mai par Serge Hervé Boyogueno, directeur général de la structure publique. Actuellement, l'État est déjà actionnaire à hauteur de 10 % dans la majorité des sociétés titulaires de permis d'exploitation industrielle à travers la Sonamines, suivant les dispositions du Code minier 2023. « Cependant, nous avons poussé plus loin en demandant à ces entreprises de nous soumettre les modalités pour une prise de participation supplémentaire. Nous prévoyons de travailler avec des partenaires pour porter la part du capital de l'État dans ces sociétés à hauteur de 35 %, ce qui nous permettra de disposer d'une minorité de blocage et d'assurer un meilleur suivi de ces projets », a-t-il indiqué.
Concrètement, la mesure pousse à un ajustement des pratiques issues de la loi minière en vigueur, le Code minier de 2023, dont les dispositions prévoient l’octroi gratuit à l’État d’une part de 5 à 10% du capital des sociétés opérantes, une quotité pouvant être complétée par des prises de participations supplémentaires payantes.
Cette initiative d’ajustement actionnarial intervient alors que le portefeuille minier de la Sonamines s'est densifié par l'attribution de plusieurs permis d'exploitation à des consortiums internationaux et des joint-ventures. L'État détient ainsi des parts dans le projet de bauxite de Minim-Martap, développé par la compagnie australienne Canyon Resources via sa filiale Camalco, ainsi que dans le gisement de fer de Mbalam-Nabeba. Les participations publiques couvrent également l'exploitation du fer de Kribi-Lobé par la société G-Stone, le projet de fer de Kribi Grand-Zambi opéré par le groupe chinois Sinosteel, le projet de calcaire de Sikoum destiné à l'industrie cimentière, et le périmètre d'exploitation d'or de Mborguéné, situé dans la région de l'Est et géré par l'entreprise Codias.
L'augmentation ciblée est présentée par l'opérateur public comme un levier de gouvernance administrative pour neutraliser les minorités de blocage lors des assemblées d'actionnaires et garantir la transparence des flux de production. En parallèle des grands actifs industriels, la Sonamines prévoit d'appliquer une stratégie de reprise de contrôle plus stricte sur le segment de l'exploitation artisanale semi-mécanisée, où 90% des opérateurs enregistrés évoluent dans l'illégalité, notamment par le non-paiement des cautions environnementales de fermeture de sites fixées à 63 millions FCFA par permis. Pour les entreprises n'ayant pas intégré d'intérêts locaux réels, la Sonamines prévoit de s'installer directement à hauteur de 51% dans les structures d'exploitation pour se substituer aux actionnaires nationaux jugés fictifs.
Bâtie sur un capital social de 10 milliards FCFA, la Sonamines indique avoir collecté un volume global de 954 kilogrammes d'or pour le compte du Trésor public entre 2021 et 2025, générant une valeur marchande évaluée à plus de 60 milliards FCFA. Pour soutenir l'autonomie de la filière minière et freiner l'exportation brute sans valeur ajoutée, le document de Programmation prioritaire de la société d'État intègre la construction d'un laboratoire d'analyse minérale national et d'une raffinerie d'or, dont la mise en service opérationnelle est programmée par la direction générale pour la fin de l'année 2026.
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