Le Cameroun a enregistré l'exportation illégale de 44 tonnes d'or vers Dubaï (Émirats Arabes Unis), entre 2021 et 2025. Ce chiffre a été révélé le 24 mai dernier à la télévision publique camerounaise par Serge Hervé Boyogueno, le directeur général de la Société nationale des mines (Sonamines). Selon le patron de cette entreprise publique chargée de gérer les intérêts de l'État dans le secteur des mines solides, les statistiques officielles du pays n'affichent que 148 kilogrammes d'or exportés au cours de ces cinq années, contre 44 tonnes effectivement répertoriées à l'arrivée par les autorités douanières de Dubaï, ce qui représente une valeur financière estimée à 3,4 milliards de dollars américains (près de 1 916 milliards FCFA).
L'écart entre les flux réels et les déclarations officielles s'est accentué au cours des deux derniers exercices de la période sous revue. Pour l'année 2024, le volume officiel exporté s'est établi à 3,8 kilogrammes, tandis que Dubaï déclarait la réception de 12,2 tonnes en provenance du Cameroun. Pour l'année 2025, la situation est qualifiée de « chaotique » par le directeur général de l'entreprise publique : « En 2025, c'est zéro gramme d'or officiellement exporté du Cameroun pendant que la dernière compilation, en attendant la compilation officielle, les informations que nous avons reçues de Dubaï font état de 8,4 tonnes d'or reçues à Dubaï pour l'année 2025. »
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Ces volumes s’ajoutent aux 15,2 tonnes d'or échappées aux circuits formels contre 22 kg déclarés par les douanes camerounaises, selon les données de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) pour l'année 2023. Pour Serge Hervé Boyogueno, cette situation résulte du contournement des circuits formels, qui repose sur l'exploitation par des trafiquants des failles du système de contrôle et sur l'utilisation d'autorisations administratives obsolètes ou détournées.
Avant l'adoption de la loi minière de décembre 2023, en vigueur, le ministère des Mines délivrait un agrément nommé « Bureau d'achat et de commercialisation ». « Des opérateurs utilisent ces titres en cours de validité pour acquérir le minerai, favorisés par des défaillances de sécurité aux frontières », a-t-il déclaré.
En outre, le directeur général martèle que cette situation, qu’il assimile à une véritable fuite des capitaux, résulte directement de « l'hyperfiscalité du secteur ». Instituée par le Code minier de 2023 comme le comptoir unique pour l'achat et la commercialisation de l'or et des substances précieuses au Cameroun, la Sonamines a été contrainte de stopper totalement ses achats de flux d’or artisanal — dont elle détient pourtant l’exclusivité — en raison de cette forte pression fiscale et d'un manque de moyens financiers.
Sur le plan réglementaire, bien que le texte autorise la société d'État à habiliter des comptoirs commerciaux partenaires pour l'accompagner, la direction générale indique n'avoir accordé aucun agrément de ce type entre 2023 et 2026 afin d'éviter l'implication de l'entité publique dans ces circuits informels. La Sonamines limite ses interventions à la commercialisation directe ainsi qu'à la signature des certificats d'exportation pour l'or issu de l'exploitation artisanale semi-mécanisée, et précise qu'elle dispose du droit d'engager des poursuites judiciaires une fois les responsabilités établies.
Créée en 2020 et opérationnelle depuis 2021, la Sonamines revendique avoir collecté 954 kg d’or en cinq ans pour constituer le stock souverain de l’État logé à la Caisse de dépôts et consignations (CDEC).
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