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Politiques Publiques

Cameroun : le gouvernement veut porter la pression fiscale à 14,1 % du PIB d'ici à 2029

Le Cameroun s'apprête à demander un effort fiscal accru à son économie. Confronté à l'érosion progressive de ses recettes pétrolières et à un endettement devenu plus coûteux, le gouvernement entend financer une part croissante de ses dépenses grâce aux impôts.

Publiée lundi 6 juillet 2026 à 19:19:20Modifiée lundi 6 juillet 2026 à 19:19:22Temps de lecture 5 minPar Simon Pierre Mbarga

Le Cameroun veut financer davantage ses dépenses publiques par les recettes intérieures

Le Cameroun prévoit d'accroître progressivement la part des impôts dans son économie afin de financer davantage ses dépenses publiques par les recettes intérieures, dans un contexte marqué par l'érosion attendue des revenus pétroliers et des marges d'endettement plus limitées. Selon le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) 2027-2029 présenté au Parlement, le gouvernement table sur une hausse de la pression fiscale, qui passerait à 14,1 % du PIB en 2029, contre un niveau inférieur aujourd'hui. Autrement dit, pour 100 FCFA de richesse créée dans le pays, l'État ambitionne de prélever un peu plus de 14 FCFA sous forme d'impôts et taxes.

Digitalisation, fraude, secteur extractif

"La stratégie de mobilisation des recettes visera un objectif d'effort fiscal de 0,4% du PIB par an, pour faire passer la pression fiscale de 12,9% du PIB en 2026 à 13,3% en 2027, dans la perspective d'atteindre 14,1% du PIB en 2029", a indiqué le ministre des Finances Louis Paul Motaze, s’adressant aux parlementaires.

Lire aussi : Taxe foncière : le Cameroun augmente la pression fiscale sur les gros patrimoines immobiliers

Plutôt qu'un relèvement des taux d'imposition, le gouvernement mise avant tout sur un élargissement de l'assiette fiscale et une meilleure efficacité de la collecte. Le document cite notamment le renforcement de la fiscalité des activités extractives, en particulier aurifères, jugées largement sous-taxées au regard de leur potentiel, ainsi que la poursuite de la rationalisation des régimes dérogatoires et des exonérations. La lutte contre la fraude et l'évasion fiscale internationale doit également y contribuer, à travers un encadrement renforcé des opérations intra-groupe et de restructuration des entreprises.

La digitalisation de l'administration fiscale constitue un autre pilier de la stratégie. Le Cameroun a déjà engagé en 2026 plusieurs réformes en ce sens : généralisation de la facturation électronique, taxation en temps réel de certaines opérations, et instauration d'une taxe sur les entreprises numériques non-résidentes. Ces outils doivent permettre de mieux tracer les transactions économiques et de réduire l'écart entre l'impôt théoriquement dû et l'impôt effectivement recouvré. Du côté des douanes, l'accent est mis sur la re-fiscalisation progressive de certains produits de grande consommation, en cohérence avec la politique d'import-substitution, ainsi que sur une meilleure collecte des recettes minières et sur les importations de téléphones et tablettes, un mécanisme dont la mise en œuvre accusait déjà du retard depuis 2023.

Manque d’adhésion sociale

Cette stratégie répond à une contrainte budgétaire devenue plus pressante. Le service de la dette devrait représenter 8,5 % du PIB dès 2026, contre 4,8 % un an plus tôt, absorbant une part croissante des ressources publiques. Dans le même temps, le poids des dépenses d'investissement dans le budget est passé de 28,4 % en 2020 à 23,3 % en 2026, loin de l'objectif de 40 % fixé par la Stratégie nationale de développement 2020-2030.

Lire aussi : La pression fiscale va augmenter de 0,8 point en 2023 pour se hisser à 12,6% du PIB

Le gouvernement reconnaît toutefois, dans son propre document, les limites du relèvement de la pression fiscale. Il note ainsi que "le manque d'adhésion sociale ou tout retard dans la mise en œuvre des mesures fiscales nouvelles, comme cela a été le cas en 2026, pourrait entraîner des décalages dans les projections de recettes internes non pétrolières",  une allusion directe au fait que l'objectif de pression fiscale pour 2026 n'a pas été atteint, celle-ci étant restée stable à 12,9 % du PIB au lieu de progresser comme prévu par la loi de finances initiale. Pour limiter ce risque et préserver l'acceptabilité de la réforme, l'exécutif affirme vouloir maintenir certains allègements ciblés en faveur des ménages les plus vulnérables et simplifier les obligations déclaratives pesant sur les petits contribuables, afin que l'effort de mobilisation ne se traduise pas par une charge excessive sur les entreprises et les ménages.

Lire aussi : Taxes foncières : le Cameroun veut mettre sur pied un mécanisme de retenue à la source

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