La qualité du portefeuille de crédits des banques camerounaises continue de se détériorer. Selon les statistiques du marché bancaire arrêtées à fin mai 2026 et consultées par EcoMatin, le taux brut de dégradation du portefeuille (qui mesure la part des crédits en souffrance dans l'ensemble des prêts accordés à la clientèle) est passé de 12,29 % à fin décembre 2025 à 12,94 % cinq mois plus tard. Concrètement, sur les 7 030 milliards de FCFA de crédits distribués par les banques, 909,4 milliards correspondent désormais à des créances dont le remboursement présente un risque, soit 40,3 milliards de FCFA de plus qu'en début d'année.
Cette évolution est d'autant plus notable que le volume global des crédits n'a, lui, pratiquement pas progressé. Il s'est même légèrement contracté de 0,6 % entre décembre 2025 et mai 2026. Autrement dit, les banques prêtent un peu moins, mais une part croissante de leurs crédits devient difficile à recouvrer.
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BC-PME, l'établissement à capitaux publics, demeure de loin la banque la plus exposée, avec 75,3 % de son portefeuille constitué de créances en souffrance. Viennent ensuite BICEC, dont le ratio atteint 36,1 %, puis SCB Cameroun (16,8 %) et Société Générale Cameroun, désormais General Bank of Cameroon, avec 17 %. À l'inverse, les établissements spécialisés dans une clientèle d'entreprises plus sélective affichent les meilleurs indicateurs : Citibank ne comptabilise toujours aucune créance en souffrance, tandis qu'Access Bank, Bange Bank, UBC et AGB présentent des ratios inférieurs à 4 %.
Le premier prêteur du pays, Afriland First Bank, n'échappe pas à cette tendance. Avec un portefeuille de crédits de 1 657 milliards de FCFA, la banque concentre à elle seule 200,8 milliards de FCFA de créances en souffrance, soit le montant le plus élevé du secteur en valeur absolue. Son taux de dégradation passe ainsi de 11 % à 12,1 % en cinq mois. Même évolution chez AFG Bank, dont le ratio atteint 10,2 %, contre 9,2 % fin 2025, tandis que BGFIBank Cameroun voit le sien progresser de 4,7 % à 5,2 %. À l'inverse, UBA Cameroun améliore sensiblement la qualité de son portefeuille, son taux de créances douteuses reculant de 23,9 % à 16,1 %.
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Face à cette montée du risque, les banques continuent de renforcer leurs provisions. À fin mai, elles avaient immobilisé 744 milliards de FCFA pour couvrir d'éventuelles pertes sur ces crédits, contre 722 milliards cinq mois plus tôt. Ces provisions représentent un taux de couverture d'environ 82 % des créances en souffrance. Conformément à la réglementation de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (Cobac), ces montants sont prélevés sur les résultats des établissements afin d'anticiper les pertes potentielles et de préserver leur solidité financière.
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Au-delà de la hausse des impayés, ces chiffres illustrent un phénomène plus large : la prudence croissante des banques. Alors que les créances douteuses augmentent, les établissements réduisent progressivement leur exposition au crédit de trésorerie et privilégient davantage des financements jugés moins risqués ou mieux sécurisés, notamment les crédits à moyen terme. Cette évolution pourrait toutefois peser sur les conditions d'accès au financement pour une partie des entreprises si la dégradation de la qualité des portefeuilles venait à se poursuivre.









