Au Cameroun, le ratio de soutenabilité de la masse salariale, qui est le rapport entre les recettes fiscales collectées au cours d'une année et les dépenses du personnel de l'État, devrait baisser à 33,3 % en 2028. Si cette prévision se confirme, le ratio passerait sous le seuil de 35 % fixé par le critère de convergence de la CEMAC, un fait inédit après plusieurs années au-dessus de ce plafond. Cet indicateur devrait d'ailleurs continuer de s'améliorer, à 31,3 % en 2029, selon le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029 du Cameroun.
Lire aussi : Masse salariale : Yaoundé va limiter les nouveaux recrutements pour se conformer à la norme CEMAC
Le gouvernement anticipe certes une stabilisation des salaires des agents publics, mais l'évolution des recettes fiscales suscite toujours des inquiétudes. À en croire le rapport cité plus haut, sur des prévisions de 1 122,4 milliards FCFA, seuls 1 040,1 milliards FCFA ont été effectivement mobilisés au premier trimestre 2026, soit un déficit de 82,3 milliards FCFA. Dans le même temps, les dépenses du personnel ont atteint 391,7 milliards FCFA, en hausse de 10,7 milliards FCFA en glissement annuel.
Vulnérabilités
La Banque africaine de développement (BAD), dans son rapport pays publié le 11 août dernier, alerte également sur les vulnérabilités de la fiscalité camerounaise. L'institution dirigée par le Mauritanien Sidi Ould Tah relève par exemple que le service de la dette a absorbé 40,1 % des recettes fiscales en 2025, contre 35,7 % en 2024. Un poids élevé qui explique en partie l'accumulation d'arriérés de paiement par le pays.
Lire aussi : Recrutement, avancement, salaire, départ à la retraite : Paul Biya révise le statut du personnel chercheur
Par ailleurs, les recettes fiscales ont plus que quintuplé en 25 ans passant de 690,99 milliards FCFA en 2000 à 3 915,79 milliards FCFA en 2025, selon la BAD. Toutefois, précise l'institution, « le Cameroun a enregistré une bonne croissance des recettes fiscales nominales, mais cela ne s'est pas traduit par des améliorations durables des efforts de mobilisation des recettes ».
La BAD souligne également que si les recettes fiscales en valeur relative du PIB sont passées de 10 % en 2000 à 13,3 % en 2025, elles restent faibles, bien en deçà du plancher régional fixé dans la CEMAC (17 % du PIB). Cette faiblesse structurelle traduit des contraintes profondes : assiettes fiscales étroites, exonérations nombreuses, faible civisme fiscal et couverture limitée des contribuables. Elle met également en évidence la contre-performance des principaux instruments fiscaux en particulier la TVA alors que ce poste a représenté 36,6% des recettes fiscales en 2025 soit 1 493,8 milliards FCFA.
Lire aussi : Cameroun : la masse salariale de l’État bondit à 1 753 milliards FCFA en 2025
Alors que la BAD déplore « l'inefficacité administrative et des écarts de conformité », Yaoundé identifie lui-même les défis à relever. Ceux-ci tournent autour de la correction des insuffisances constatées dans la législation, la consolidation de la réforme de la fiscalité locale, la rationalisation de la dépense fiscale, la formalisation progressive de l’économie informelle, l’optimisation de la contribution des particuliers, etc.
Réformes
Le Cameroun cible par ailleurs 5 698,7 milliards FCFA de recettes fiscales en 2028, soit une hausse de 10 % par rapport à 2026. Mais si cet objectif n'est pas atteint, le ratio de soutenabilité de la masse salariale pourrait rester hors norme, dans un contexte où l'enveloppe salariale s'accroît au fil du temps, dépassant généralement les prévisions. À titre d'exemple, entre mars et mai 2026, l'État a déboursé 445,6 milliards FCFA au titre des salaires et pensions. Comparée au premier trimestre 2023, cette enveloppe est en hausse de 39,3 % alors que le nombre de salariés et retraités pris en charge est passé de plus de 537 000 en 2023 à 466 444 en 2026.
Les dépenses en personnel devraient atteindre en moyenne 1 752,2 milliards FCFA entre 2028 et 2029, soit plus de 225 milliards FCFA plus que l'objectif fixé pour 2026. Rappelons que ce n'est pas la première fois que le gouvernement camerounais se projette de respecter le ratio salaires/recettes fiscales. Depuis 2022, il prévoyait déjà de revenir à 33,8 %. Or, après 36,3 % en 2022 et 37,2 % en 2023, ce ratio s'est établi à 38,9 % en 2024, puis 39,9 % en 2025, avec des prévisions de 39,9 % en 2026 et 35,8 % en 2027.
Lire aussi : Dépenses publiques : la masse salariale atteint 1 188 milliards de F à fin 2022(+10%)











