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Cosmétiques : l’absence de transparence plombe l’organisation du secteur

Alors que les producteurs suggèrent de nouvelles taxes à l’importation des produits de beauté et autres parfums, et surtout l’instauration de la préférence nationale à hauteur de 30%, le gouvernement, pour sa part, exige la publication de chiffres clairs.   

Depuis la cessation d’activités des Nouvelles parfumeries Gandour, suite à un incendie qui a léché ses installations de Douala en 2013, Biopharma est resté le principal fleuron de l’industrie cosmétique au Cameroun. Mais, ni ce géant qui dit contrôler 20% du marché local, ni les petites unités qui se sont lancées massivement dans ce secteur plutôt attractif, ne disposent d’un plan de croissance clair. La faute à un secteur insuffisamment organisé et qui tend à la limite à favoriser les importateurs de produits finis de soins de la peau, de maquillage, etc., commercialisés dans les pharmacies, les petites parfumerie et même dans les grandes surfaces, à des prix parfois plus compétitifs que les produits locaux. L’autre gros problème, qui ne peut être résolu que grâce à une plus grande surveillance de la part de l’Etat, c’est la contrebande et la contrefaçon. Ces deux poisons, auxquels il faut ajouter le problème de labélisation des marques locales, faussent la perception que les consommateurs ont des produits en circulation.

sur la période 2015-2017, les importateurs camerounais ont dépensé 114 milliards pour l’achat des parfums et autres produits de beauté

Le flou que crée ces deux phénomènes fait en sorte que le « made in Cameroon » n’offre pas assez de garanties sur le plan de la qualité des produits. Lors d’une rencontre avec le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, lundi dernier à Yaoundé, des acteurs du secteur ont invoqué des coûts de production élevés du fait, principalement, de l’indisponibilité au plan local des emballages. Sur ce plan, ils sont dépendants des importations. De ce point de vue, les producteurs locaux jugent inopportune l’augmentation de la taxe à l’importation des emballages, consacrée par la loi de finances 2019. Ils proposent, dans l’optique de limiter l’entrée massive des produits cosmétiques en provenance d’autres pays sur le marché camerounais, que le gouvernement mette en place une taxation spécifique et fixe à au moins 30% la préférence nationale pour les produits locaux. Les statistiques officielles, révélées il y a quelques jours par le ministère du Commerce, font état de ce que, sur la période 2015-2017, les importateurs camerounais ont dépensé 114 milliards pour l’achat des parfums et autres produits de beauté.


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Ces dépenses avaient atteint un pic de 41,8 milliards au cours de la seule année 2015, avant de replonger à 38,4 et 33,8 milliards Fcfa en 2016 et 2017 respectivement. « Il est clair pour le gouvernement que cela doit s’arrêter. Notre but est de réduire ces importations, mais évidemment, il est aussi important de s’assurer que la protection de la production locale prend en compte les exigences et objectifs de santé publique », a rétorqué le ministre du Commerce. Les ministères de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, et Finances, eux, posent comme préalable aux mesures proposées par les acteurs du secteur, la transparence en termes de publication par ceux-ci de chiffres aussi bien pour ce qui de l’offre locale que de la demande. Ce qui, au fond, pose problème, étant donné que c’est un travail qui relève de la responsabilité des statisticiens de l’Etat.

L’urgence de la structuration de cette filière au Cameroun

Le gouvernement semble donc déterminé à renverser la courbe des importations au Cameroun. Secteur par secteur, tout est mis en œuvre pour promouvoir les produits locaux. Le 25 février dernier, c’est la filière des produits cosmétiques qui était examinée. Au cours d’une réunion présidée par Luc Magloire Mbarga Atangana, le ministre du Commerce, réunissant les acteurs de ce secteur, a fait un état des lieux de la filière. Et un constat émerge, c’est son manque de structuration. Les différents acteurs se regardent en chien de faïence et se font une concurrence sans merci. Une situation propice aux importations massives qui envahissent l’espace commercial camerounais. L’on fait état d’environ 114 milliards de Fcfa  dépensés chaque année pour importer les produits cosmétiques au Cameroun. Ces produits importés occupant pratiquement 75% de parts de marché, tandis que les produits locaux dont 360 marques sont référencées, ne s’adjugent que 25% du marché.

les acteurs de cette filière ont trois à quatre semaines pour s’organiser, ce en prélude à l’organisation dans tous les prochains jours d’une exposition à Yaoundé, du savoir-faire camerounais dans l’industrie du cosmétique

Pour le Mincommerce, il faut renverser cette tendance et promouvoir l’industrie locale en limitant les importations et protégeant l’espace économique camerounais, tout comme la santé des consommateurs. Pour Luc Magloire Mbarga Atangana, le manque de structuration de cette filière rend difficile  la prise de mesure et l’accompagnement de l’Etat que réclament les acteurs. C’est le cas par exemple de l’instauration d’une valeur mercuriale dans le secteur des produits cosmétiques. Pour le représentant du ministère des Finances à cette réunion, de telles propositions ne peuvent prospérer en l’absence d’une structuration de cette filière afin de disposer des statistiques fiables de ce secteur en pouvoir présenter ces doléances lors de la préparation de la loi fiscale. Au regard de l’urgence de cette structuration, les acteurs de cette filière ont trois à quatre semaines pour s’organiser, ce en prélude à l’organisation dans tous les prochains jours d’une exposition à Yaoundé, du savoir-faire camerounais dans l’industrie du cosmétique.

 

La Rédaction EcoMatin

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