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Faux recrutements : un business lucratif au Cameroun

Plateformes spécialisées, adresses mails et autres réseaux sociaux sont les canaux les plus utilisés pour appâter les chercheurs d’emplois et les arnaquer.

Juin 2019. Coup d’éclat à la délégation régionale du ministère de l’Emploi et de la formation professionnelle pour le Centre. Il est annoncé que les responsables de cette délégation ont démantelé, en son sein, un vaste réseau de recrutement fictif d’employés permanents et d’ouvriers champêtres. Les « recruteurs » proposaient des offres alléchantes : 11 500 emplois permanents disponibles ; 40 000 ouvriers champêtres pour une fourchette salariale entre 60 000 FCFA et 600 000 FCFA. Très rapidement, les enquêtes vont montrer que ce réseau fonctionnait au sein de la délégation régionale depuis plusieurs années avant son démantèlement, avec la complicité de certains agents de l’administration publique. Et des milliers de jeunes camerounais à la recherche de l’emploi ont mordu à l’hameçon, payant sans rechigner les frais de dépôts de dossier pour des montants allant jusqu’à 25 000 FCFA. Ils se sont fait prendre dans la nasse de l’arnaque, rassurés par ces agents du Minfopra qui faisaient office de caution morale.

Mais, ce n’est pas l’unique méthode des rés eaux d’escroquerie sur l’emploi. Les modes de soumission des candidatures sont le premier indicateur pour détecter si l’on est en présence d’une arnaque sur l’emploi. Grandes entreprises, organisations non gouvernementales et multinationales recrutent généralement à travers des plateformes spécialisées. Les entreprises de placement comme le FNE ou Apave aussi. Sauf que les arnaqueurs créent de fausse plateformes qui trompent parfois la vigilance des plus crédules.

Multiples méthodes

A défaut de ces plateformes, les faux recruteurs utilisent généralement les adresses mails. Le procédé est utilisé par les institutions. C’est par exemple pourquoi le Fonds alimentaire mondiale (FAO) écrit sous l’adresse HR-c a me roon@fao.org , utilisant son nom de domaine. Les faussaires contrefont cette adresse et en créent une autre qui peut être intitulée HR-cameroon.fao@yahoo.com. Lorsqu’il n’est pas vigilant, la personne contactée se fait prendre au piège.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, de plus en plus utilisés dans le pays sans une grande attention des utilisateurs, les arnaqueurs trouvent un terreau florissant. La différence étant que les contacts se font de manière virtuelle, et ensuite on vous demande de l’argent au bout de quelques échanges. Alors que les recruteurs sérieux invitent généralement quelque part, notamment dans des bureaux où les chercheurs d’emplois rencontrent d’autres personnes.

Le développement des modes de paiement électronique leur a facilité également la tâche ; les services préférés étant Orange Money et MTN Mobile Money, et d’autres aussi ne se gênent pas de demander le règlement des prestations par un mandat Express Union ou un autre bureau de transfert d’argent. Le « client » n’hésite pas. Il est en confiance. Le fait est qu’il aura déjà été préparé en amont. Les groupes WhatsApp sont en effet créés où sont intégrées les présumées victimes. Ces groupes servent à distribuer aux chercheurs d’emplois des contrats – qui sont bidons – mais souvent bien pensés, même si on y note des fautes et des contradictions. L’un des meilleurs appâts est le très grand nombre de postes proposés dans une annonce de recrutement, atteignant parfois 300 ou 400 offres. Et le clou étant, bien évidemment, des salaires mirobolants. Pour un poste de secrétaire dans une PME, par exemple, les faux recruteurs proposent 200 000 FCFA, chose rarissime dans le contexte camerounais. Sauf que, les chercheurs d’emplois se laissent prendre, dépense en espérant « récupérer » cela dès la prise de fonctions. Malheureusement, ils ne sont jamais embauchés…

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