L’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (Agasa) reprend la main sur un dossier qui a durablement alimenté les réseaux sociaux et écorné l’image de l’un de ses principaux fleurons industriels il y a bientôt deux ans. Le 20 juin dernier, l’organisme public est sorti de sa réserve pour défendre les produits exportés vers la France par la Société des Boissons Rafraîchissantes du Gabon (Sobraga), filiale du groupe Castel, mise en cause à la suite de contrôles effectués sur le territoire français. L’affaire trouve son origine en septembre et octobre 2024.
En effet, une opératrice économique gabonaise exporte sur le marché français plusieurs boissons produites par la Sobraga. À leur arrivée, les produits font l’objet de contrôles de la part des autorités françaises. Les inspections débouchent sur plusieurs constats de non-conformité et conduisent à la destruction d’une partie des marchandises. Selon les conclusions rendues publiques par l’Agasa, quatre griefs principaux avaient alors été soulevés. Certaines boissons, notamment « Zombies », « Banana Mama » et « Gin Tonic », présentaient des teneurs en substances dépassant les seuils autorisés par la réglementation européenne.
Les contrôleurs avaient également relevé l’absence de numéros de lot sur certaines bouteilles de « Kit Regab » et « Racines », une anomalie contraire aux exigences européennes en matière de traçabilité. Ces constats ont rapidement nourri un procès médiatique dépassant le strict cadre des échanges commerciaux. Pour une partie de l’opinion, ils soulevaient la question de la qualité sanitaire des boissons produites au Gabon. Pour d’autres, ils révélaient surtout la difficulté pour les industriels africains de composer avec des réglementations particulièrement exigeantes lorsqu’ils cherchent à accéder aux marchés occidentaux.
Offensive
C’est précisément sur ce terrain que se place aujourd’hui la défense des autorités gabonaises. L’agasa rappelle que les produits mis en cause étaient conformes aux normes sanitaires applicables au Gabon, fondées sur le Codex Alimentarius, le référentiel international élaboré sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « en vigueur en République gabonaise». En d’autres termes, ce qui a été considéré comme non conforme par les autorités françaises ne constituait pas nécessairement une infraction aux règles en vigueur sur le marché gabonais.
Au-delà du cas Sobraga, l’affaire met en lumière une réalité souvent méconnue du commerce international : l’absence d’harmonisation complète des normes sanitaires. Dans les faits, la conformité à une réglementation nationale ou régionale ne garantit pas automatiquement l’accès à un autre marché. Or, pour les industriels africains, l’adaptation des recettes, de l’étiquetage, des procédures de contrôle ou des dispositifs de traçabilité représente souvent un coût supplémentaire assimilé à une barrière non tarifaire à l’exportation. L’enjeu est d’autant plus sensible que les entreprises de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) manifestent un intérêt croissant pour les débouchés européens, portées notamment par la demande de la diaspora africaine. Le précédent n’est d’ailleurs pas isolé. Le Cameroun, engagé depuis 2014 dans la mise en œuvre de l’Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne, a vu à plusieurs reprises certains de ses fruits et légumes refoulés à l’entrée du marché européen pour non-respect des standards phytosanitaires.
En dénonçant une tentative de transformer « une opération commerciale qui a mal tourné » en affaire d’insécurité alimentaire, Libreville cherche manifestement à dissocier les questions de conformité aux normes européennes de celles relatives à la qualité sanitaire des produits consommés localement.
Leader du marché
Fondée depuis 1966, la Sobraga, filiale du géant français Groupe Castel, est leader du marché des boissons alcoolisées et non alcoolisées produites localement avec plus de 80% de parts de marché. L’entreprise dirigée depuis juillet 2025 par Xavier Jaffret demeure un véritable pilier de l’industrie agroalimentaire au Gabon avec près de 8 % de la valeur ajoutée nationale et dispose d’une capacité de production de 4,5 millions d’hectolitres par an, exploite 16 lignes d’embouteillage et commercialise 28 marques déclinées en 124 références réparties entre alcool mix, les bières, les eaux, les boissons gazeuses, boisson énergisante… En 2024, son activité de boissons gazeuses et alcoolisées a généré un chiffre d’affaires de 192 milliards FCFA.

