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Gabon : vers un nouveau programme économique avec le FMI après trois années de suspension

Trois semaines seulement après sa prise de fonction, le ministre Thierry Minko opère un virage stratégique en réengageant le Gabon auprès du FMI. Ce choix, en rupture avec la démarche de son prédécesseur, s'aligne sur les recommandations de la CEMAC pour sortir le pays d'une impasse de trésorerie critique.

Publiée mercredi 21 janvier 2026 à 19:23:37Modifiée jeudi 22 janvier 2026 à 13:36:50Temps de lecture 6 minPar Marius Zogo

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Dans un communiqué publié le 21 janvier 2026, le gouvernement gabonais a officiellement annoncé la mise en œuvre prochaine d'un nouveau Programme économique et financier, soutenu par le FMI. L’information a été rendue publique par un communiqué de Thierry Minko, ministre de l'Économie, des Finances, de la Dette et des Participations.  « Le gouvernement de la République gabonaise informe l’opinion nationale et internationale que le Gabon mettra en œuvre un programme économique de croissance avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI) », a écrit le membre du gouvernement.

Bien que les modalités précises de ce nouveau programme restent à définir, cette annonce marque la fin d'une période de cinq années sans accord formel avec l'institution de Bretton Woods. A noter que le dernier programme a été approuvé en juillet 2021 pour une durée de trois ans. L'objectif de l'accord de 553,5 millions de dollars consistait à affronter la crise sanitaire du Covid-19 et assurer la relance économique. Cependant, en 2023, il a été suspendu à cause des "arriérés récurrents sur la dette extérieure, des dérapages budgétaires et la lenteurs des progrès des réformes structurelles", d'après l'institution de Bretton Woods.

Le silence sur le montant de l'enveloppe et la durée exacte du programme pour le moment, n'entament pas la détermination des autorités gabonaises à respecter les exigences du Fonds. Pour ce faire, le ministre de l'Économie et des Finances a esquissé les deux piliers majeurs de cet accord. Pour lui, le programme prendra en compte « l’intérêt macroéconomique de la sous-région CEMAC ».  Autrement dit, il s'inscrira en parfaite cohérence avec les objectifs de surveillance multilatérale de la zone dans un contexte où, le taux d’endettement est par exemple évalué à plus de 70% du PIB, au-delà de la communautaire. Et, au-delà de la rigueur comptable, le gouvernement entend répondre aux « ambitions de développement économique et social » du pays ; occasion de concilier la stabilité financière avec le financement des infrastructures de base et l'amélioration des conditions de vie des Gabonais.

L’aval du FMI

La sortie Thierry Minko, nommé le 1er janvier 2026, marque l'aboutissement de plusieurs mois de tractations intenses entre Libreville et le Fonds monétaire international (FMI). Le processus a connu une accélération décisive dès le début du mois de novembre 2025. À cette période, Abebe Aemro Selassie, alors Directeur du département Afrique du FMI, est reçu en audience par le chef de l'Etat Brice Clotaire Oligui Nguema. Au cœur de ce tête-à-tête : la nouvelle vision de développement du Gabon axée sur trois piliers fondamentaux qui font écho aux exigences traditionnelles de l'institution de Bretton Woods : le renforcement de la gouvernance institutionnelle, la promotion de la transparence accrue dans la gestion des ressources publiques et l’amélioration concrète des conditions de vie des populations gabonaises.

Lire aussi : Gabon : Libreville convie le FMI, dès juin 2025, pour sécuriser un nouvel accord financier

Le dialogue s'est poursuivi et intensifié le 12 janvier dernier. Pour l'une de ses premières sorties officielles, le ministre Thierry Minko a reçu Alain Gaugris, représentant du département Afrique du FMI. Cette audience a permis de poser les jalons d'un partenariat technique renforcé. À l'issue des échanges, Alain Gaugris a souligné que cette mission d'exploration visait à définir les modalités pratiques d'un travail de proximité. « Nos équipes sont impatientes de mener des actions concrètes pour aider les autorités à matérialiser la vision du Président de la République », a-t-il déclaré, témoignant de l'enthousiasme de l'institution internationale à accompagner la transition économique du pays.

Une rupture de démarche Oyima-Minko ?

Le communiqué de Thierry Minko coïncide avec la réunion extraordinaire du Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC), tenue ce 21janvier à Brazzaville. Cette rencontre prépare le sommet des chefs d’État de la CEMAC prévu ce 22 janvier. Dans son rapport officiel, le Conseil des ministres de l'UEAC préconise aux États membres de « négocier, conclure ou poursuivre les programmes économiques et financiers avec le FMI ». La même recommandation, formulée aux Etats en décembre 2024, était une condition sine qua none pour le déblocage des appuis budgétaires de 180 milliards FCFA pour le Cameroun et 20 millions de dollars en faveur de la RCA.

Lire aussi : Gabon : la dette publique pourrait dépasser 100 % du PIB d’ici 2029 (Afreximbank)

À peine trois semaines après sa nomination à la tête du ministère des Finances, la démarche de Thierry Minko s'oppose à la vision de son prédécesseur, Henri-Claude Oyima. En mai 2025, ce dernier affirmait sur TV5 Monde la volonté du Gabon de s'affranchir du diktat classique des institutions internationales. Henri-Claude Oyima souhaitait que le Gabon conçoive lui-même ses programmes avant de solliciter un appui. Pour cause, « le Gabon a aujourd’hui 17 programmes avec le FMI. Ces programmes n'ont pas créé la croissance et le développement que souhaitent les Gabonais ».

La note de Fitch


L'annonce d'un nouveau programme avec le FMI intervient dans un climat de tension financière marqué par une dégradation de la signature du Gabon sur les marchés internationaux. Dès janvier 2025, l'agence de notation américaine Fitch Ratings anticipait la nécessité pour Libreville de solliciter l'appui du FMI. Toutefois, l'agence préconisait l'ouverture des négociations avant l'élection présidentielle du 12 avril 2025, déroulée sans heurts. Le 19 décembre 2025,Fitch a sanctionné la fragilité des finances gabonaises en abaissant la note du pays de « CCC » à « CCC- ». Cette décision est la conséquence directe d'une détérioration critique de la trésorerie de l'État. Selon les données de la Direction générale de la Dette (DGD), le volume des arriérés a atteint 443,6milliards de FCFA (environ 792 millions $) à fin octobre 2025. Ce montant représente une hausse vertigineuse de plus de 174 milliards de FCFA par rapport à décembre 2024.

Jusqu'au19 décembre 2025, l'agence de notation se montrait pessimiste sur la possibilité d'un accord avec le Fonds, identifiant plusieurs freins majeurs : l'accumulation continue des arriérés de paiement extérieurs, une politique budgétaire expansionniste (augmentation des dépenses publiques) jugée risquée et la difficulté de mettre en œuvre des réformes fiscales, souvent impopulaires.

Lire aussi : Le Gabon nuance les inquiétudes sur sa dette et réaffirme des “échanges constructifs” avec le FMI

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