Le 2 septembre 2026 à N'Djamena, la Tchadienne d'électricité (TchadElec), société publique gestionnaire du réseau électrique national, a officiellement publié un avis d'appel d'offres international pour la construction des infrastructures transfrontalières du Projet d’interconnexion des réseaux électriques Cameroun-Tchad (Pirect). Ce marché, dont la date limite de dépôt des offres est fixée au 3 novembre prochain, vise à ériger les lignes à très haute tension depuis la frontière camerounaise. Selon le document officiel paraphé par le directeur général Saleh Ben Haliki, l'opération porte sur « la conception, fourniture, construction, installation, essais et mise en service des lignes aériennes 225 kV » et d'un poste de transformation.
Ce marché spécifique ne dévoile pas de montant prévisionnel exact, mais s'inscrit dans l'enveloppe globale du Pirect évaluée à 557,5 milliards FCFA et financée par la Banque mondiale (231,7 milliards de FCFA), la BAD (80,7 milliards FCFA), l'UE (19,7 milliards FCFA), ainsi que les deux États, dont 56,2 milliards FCFA pour le seul Cameroun. Il se divise en deux lots distincts, pour une durée d'exécution de 21 mois. La composante 2 de ce projet consiste notamment à : construire 566 km de ligne aérienne de 225 kV, depuis Wouro Soua jusqu'au Tchad, en passant par Garoua (région du Nord), Maroua et Kousseri (Extrême-Nord), sur un total de 804 km ; construire deux postes de transformation à Garoua et Kousseri, sur un total de cinq postes prévus ; alimenter 409 localités camerounaises, dans les régions de l'Adamaoua, du Nord et de l'Extrême-Nord, sur un total de 478 localités concernées.
La matérialisation de ce segment transfrontalier revêt un enjeu structurel pour le Tchad : elle prépare l'infrastructure physique indispensable à la réception des 100 premiers mégawatts (MW) que le Cameroun s'est engagé à exporter à l'horizon 2027. Pour le Trésor public tchadien, l'importation de cette électricité, majoritairement hydroélectrique, devrait contribuer à alléger les subventions affectées au parc thermique local, qui fonctionne aux hydrocarbures et se révèle particulièrement onéreux, selon les données du secteur. Par ricochet, les entreprises et les ménages tchadiens pourraient bénéficier d'un approvisionnement plus stable, permettant de pallier les délestages récurrents.
Cette démarche institutionnelle s'inscrit dans un contexte de déficit énergétique chronique. Selon les données croisées de la Banque mondiale et de la BAD, le Tchad figure parmi les pays les moins électrifiés au monde, avec un taux d'accès plafonnant à 6 % au niveau national (et entre 1 et 2 % en milieu rural). L'offre locale globale, dont la capacité installée oscille entre 200 et 250 MW pour une population dépassant les 17 millions d'habitants, reste structurellement insuffisante face à une demande domestique et industrielle en hausse constante.
Historiquement, le volet tchadien du Pirect accusait un retard d'exécution, alors que le Cameroun affichait un taux de réalisation interne de 42 % au premier trimestre. En ouvrant ce marché de construction, soit trois semaines après l'émission des appels d'offres côté camerounais le 17 août, N'Djamena amorce une phase de rattrapage. Si les procédures d'attribution aboutissent selon le calendrier établi après le 3 novembre, les 21 mois de travaux prévus permettront d'envisager les premiers flux d'énergie régionaux d'ici la mi-2028 — une étape supplémentaire vers l'établissement d'un marché sous-régional de l'électricité, après celui déjà existant entre le Gabon et la Guinée équatoriale, en zone CEMAC.
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