La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) veut renforce son contrôle sur les transferts d’argent internationaux reçus dans la Cemac. Dans une instruction signée le 5 mai 2026, par le gouverneur Yvon Sana Bangui, la banque centrale impose désormais de nouvelles obligations aux banques, établissements de paiement, opérateurs de mobile money et partenaires de transfert d’argent. Sont concernés les acteurs qui participent à la réception et au paiement local des fonds envoyés depuis l’étranger, notamment Orange Money, MTN Mobile Money, mais aussi les opérateurs spécialisés de transfert d’argent comme Western Union, MoneyGram, Ria ou WorldRemit.
Lire aussi : MoneyGram suspend les transferts d’argent entre pays de la CEMAC
La BEAC justifie ce durcissement par le constat que certains établissements reçoivent des « préfinancements » de leurs partenaires techniques et procèdent au paiement local des bénéficiaires sans s’assurer au préalable que les devises correspondantes ont effectivement été rapatriées dans la zone Cemac. Autrement dit, un bénéficiaire peut recevoir immédiatement de l’argent sur son compte mobile money au Cameroun, au Gabon ou au Congo, alors que la devise envoyée depuis l’étranger n’a pas encore été effectivement rapatriée dans la sous-région. La Banque centrale ne remet pas en cause ce mécanisme, largement utilisé dans l’industrie des transferts de fonds, mais exige désormais que chaque préfinancement soit adossé à une preuve du rapatriement effectif des devises correspondantes.
Lire aussi : OPINION - Tout comprendre sur la nouvelle circulaire BEAC pour les transferts en USD
« Les établissements de crédit doivent s’assurer que les préfinancements des opérations de remittance entrante (…) ont préalablement donné lieu au rapatriement des devises correspondantes », précise l’article 4 de l’instruction. Le texte prévoit que tout préfinancement reçu sans preuve suffisante du rapatriement des devises soit rejeté par la banque domiciliataire, les fonds devant être retournés à l’ordonnateur de l’opération. Chaque transaction devra également faire l’objet d’un dossier spécifique retraçant l’ordre de virement, les messages SWIFT, les justificatifs de paiement local et les pièces permettant de reconstituer l’ensemble de l’opération.
Les établissements de paiement devront transmettre à leur banque, dans un délai de huit jours ouvrés après la comptabilisation du préfinancement, les justificatifs des paiements effectués aux bénéficiaires. Ils devront aussi adresser chaque mois à la BEAC un état récapitulatif des préfinancements reçus et un compte rendu détaillé des opérations de remittance entrante exécutées.
Lire aussi : La BEAC perd 10 % de ses réserves de changes malgré des cours de l’or favorables
Pour les utiliosateurs finaux, la mesure ne devrait pas empêcher la réception des fonds envoyés par la diaspora. Mais elle pourrait rallonger certains délais ou renforcer les contrôles lorsque les opérateurs ne disposent pas immédiatement des justificatifs exigés. La mesure intervient alors que les transferts de la diaspora vers la Cemac connaissent une forte accélération. En 2024, ces flux entrants ont bondi de 77% pour atteindre 1 354 milliards FCFA, soit environ 2,4 milliards de dollars. Le mobile money est devenu le principal canal de réception, devant les banques et les opérateurs traditionnels de transfert d’argent.
Lire aussi : BEAC : les représentants du personnel dénoncent des tracts visant des dirigeants

