La Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) a de nouveau revu à la baisse ses prévisions en matière de croissance économique en 2024, au terme de la 3ème session de son Comité de politique monétaire (CPM) de l’année en cours. Selon les conclusions de cette rencontre, le taux de croissance économique dans l’espace Cemac est désormais projeté à 2,9% en 2024, en repli par rapport à la prévision de 3,3% faite en juin 2024 lors de la 2ème session du CPM de l’année. Mieux, la nouvelle projection de 2,9% est de 7 points inférieure à celle de 3,6% faite lors de la session du CPM de mars 2024. Au sortir de la rencontre de mars 2024, le gouverneur de la Beac, Yvon Sana Bangui, avait d’ailleurs souligné que si cette prévision venait à se réaliser, la Cemac enregistrerait son taux de croissance économique le plus élevé des 10 dernières années.
Cependant, sept mois plus tard, et au regard des nouvelles projections du CPM depuis le mois de juin 2024, cet objectif semble désormais hors de portée. Pourtant, la Beac annonce une « bonne tenue des activités non-pétrolières », dont la vigueur viendrait se greffer à celle du secteur extractif (pétrole, gaz naturel et autre minerais), vecteur traditionnel de la croissance économique dans l’espace Cemac. A l’analyse, ce décrochage des prévisions de croissance, dans un contexte pourtant marqué par « une bonne tenue des activités non pétrolières », pourrait tirer sa source dans la politique monétaire d’austérité mise en place par la banque centrale depuis fin 2021, pour juguler l’inflation galopante.
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Cette politique s’est notamment traduite par un durcissement des conditions de refinancement des établissements de crédit auprès de la banque centrale, à travers des relèvements successifs des principaux taux directeurs, la suspension des injections de liquidité dans les banques -elles ont néanmoins repris depuis juin 2024 - et l’intensification des prélèvements de liquidité dans les établissements de crédit. La stratégie ainsi mise en œuvre a eu pour conséquence l’atténuation des tensions inflationnistes comme souhaitées par la banque centrale (projection de 4,2 % en 2024 contre 5,6 % en 2023), mais surtout un durcissement des conditions de crédit. Une situation préjudiciable au développement des activités des entreprises, et par conséquent à la réalisation d’un taux de croissance économique vigoureux.
Afin de pouvoir inverser cette tendance et garantir à l’espace Cemac un taux de croissance économique finalement projeté à près de 3% en 2024, la Beac a assoupli sa politique monétaire. Ceci, à travers la reprise des opérations d’injection de liquidité dans les banques en juin dernier, avec des enveloppes atteignant désormais 200 milliards de Fcfa par opération, contre seulement 50 milliards de Fcfa lors de la reprise. Cependant, la banque centrale s’arc-boute depuis près d’un mois à cette enveloppe, malgré la demande croissante des banques, qui a cumulé à plus de 500 milliards de Fcfa ces derniers jours. Cette réalité traduit une certaine prudence de la banque centrale, visiblement soucieuse de voir davantage s’atténuer les tensions inflationnistes dans les marchés.










