Le Cameroun veut mobiliser 2 000 milliards de FCFA auprès de sa diaspora au cours des dix prochaines années afin de financer ses infrastructures. Porté par la Caisse des dépôts et consignations (CDEC) à travers le projet Diaspora pour le développement (Diasdev), ce programme vise à transformer une partie de l'épargne des Camerounais vivant à l'étranger en source durable de financement de l'économie. Soutenu par l'Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France sous l'égide du Forum des Caisses de dépôts, le projet cible près de 6 millions de Camerounais établis hors du pays.
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« Les exigences croissantes en matière de souveraineté économique nécessitent des volumes d'investissement sans précédent, alors même que les marges budgétaires de l'État se réduisent et que les banques commerciales privilégient désormais les financements de court et moyen terme », explique Richard Evina Obam, directeur général de la CDEC. L'institution estime que la diaspora transfère chaque année près de 652 milliards de FCFA vers le Cameroun. Une partie de ces flux pourrait désormais être orientée vers des placements destinés au financement de projets d'infrastructures, de logements ou d'investissements productifs. À terme, la CDEC espère convaincre 500 000 Camerounais de la diaspora, dont 114 000 résidant aux États-Unis, de rejoindre ce dispositif.
Une épargne nationale estimée à 20 000 milliards FCFA
Au-delà des transferts de la diaspora, la CDEC entend également mobiliser l'importante épargne disponible sur le territoire national. Les études réalisées avec les partenaires du projet, présentées le 7 juillet à Yaoundé, estiment ce potentiel entre 9 900 et 20 000 milliards de FCFA sur les dix prochaines années. Le stock actuel est évalué à 9 900 milliards de FCFA, dont 7 400 milliards logés dans les banques sous forme de comptes courants et d'épargne classique, auxquels s'ajoutent 2 400 milliards circulant dans les circuits informels, notamment les tontines et les établissements de microfinance.
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À l'horizon de dix ans, la CDEC ambitionne de constituer une base de 1,5 million d'épargnants au Cameroun et de mobiliser au moins 500 milliards de FCFA par an auprès des épargnants nationaux et de la diaspora. « Le projet consiste à concevoir une plateforme d'investissement fiable, garantissant à la diaspora un cadre sûr, précis et transparent pour ses fonds, tout en assurant un environnement propice aux projets durables », souligne Virginie Dago, directrice de l'AFD au Cameroun.
Un modèle inspiré du Gabon
Pour convaincre les futurs investisseurs, les promoteurs mettent en avant plusieurs expériences africaines. Au Gabon, la Caisse des dépôts affirme avoir utilisé l'épargne de la diaspora pour financer deux cités de logements sociaux à Libreville, soutenir des PME et accompagner plusieurs projets d’infrastructures. La CDEC précise qu'elle ne collectera pas directement cette épargne. Les dépôts continueront d'être effectués auprès des banques commerciales, qui reverseront ensuite les ressources à l'institution dans le cadre d'un dispositif réglementaire actuellement en préparation. Une politique de gestion actif-passif ainsi qu'une doctrine d'investissement sont également en cours d'élaboration afin de sécuriser les fonds confiés par les épargnants.

