Dans un arrêté signé le 9 septembre 2026 par le ministre tchadien du Commerce et de l'Industrie, le gouvernement interdit, avec effet immédiat, l'exportation de la graine de coton ainsi que d'autres denrées de première nécessité (mil, maïs, riz, sorgho, blé) en plus des sons et tourteaux qui en sont issus.
La graine de coton désigne la graine séparée de la fibre au cours du processus d'égrenage. Elle sert principalement à la fabrication d'huile de coton, dont la demande représente 15 % de la consommation nationale d'huile alimentaire, elle-même estimée à 185 000 tonnes (ministère tchadien des Finances et du Budget, août 2020). Calculatrice en main, le besoin national en huile de coton tournerait donc autour de 27 500 tonnes par an. Or la production locale de cet oléagineux n'a atteint que 3 600 tonnes en 2025 (son plus haut niveau depuis 2018), l'écart étant comblé par les importations.
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Ce choix d'interdire la sortie du territoire de la graine de coton s'inscrit dans la volonté du gouvernement de sécuriser l'approvisionnement du marché intérieur et de limiter les sorties de produits agricoles susceptibles d'alimenter la demande locale. La filière coton évolue cependant dans un contexte industriel encore fragile. CotonTchad SN, qui détient le monopole de la production, de la commercialisation et de la transformation du coton dans le pays, vient d'engager une relance de son appareil industriel. La société, contrôlée par Olam (60 %) et l'État (40 %), a annoncé, en avril 2025, la remise en service d'une usine d'égrenage d'une capacité de 18 200 tonnes à Gounou-Gaya, après plusieurs années d'arrêt portant à 7 le nombre d'unités fonctionnelles sur la dizaine que compte la chaîne industrielle de la société, pour une capacité installée totale de 194 000 tonnes.
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Cette relance intervient alors que la production reste loin des capacités théoriques de transformation du pays. Pour la campagne 2025-2026, CotonTchad SN a annoncé une production de 73 300 tonnes de coton-graine, en hausse de 34 % par rapport aux 57 774 tonnes de la campagne précédente, mais bien en deçà des 150 000 tonnes attendues. Le principal enjeu pour le gouvernement est désormais de concilier sa politique de limitation des exportations avec une montée en puissance de la production et une meilleure valorisation industrielle des différents produits issus du coton.
Il convient de souligner que le texte prévoit une dérogation pour le sésame, l'arachide et le coton-fibre, dont l'exportation demeure autorisée. La filière cotonnière reste en effet un important pourvoyeur de devises pour le pays : depuis 2018, le coton-graine figure parmi les principaux produits d'exportation du Tchad, aux côtés des hydrocarbures, du bétail et des céréales. Avec 7,7 milliards de FCFA de recettes générées pour environ 22 000 tonnes exportées en 2025 (2,1 % des recettes globales d'exportation), le coton brut tchadien est principalement vendu au Cameroun (85,6 %), à la France (14,1 %) et au Nigeria (0,3 %).
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