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Obligations du trésor : le Minfi lève avec succès plus de 100 milliards sur le marché de la Beac

L’émission publique lancée le 22 mai dernier par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, enregistre un taux de souscription de 120,78 %.

Depuis le 22 mai 2019, le Trésor public camerounais a une idée claire de l’accueil que les investisseurs du marché des titres publics de la Beac ont réservé à son émission d’Obligations du Trésor assimilables (OTA) d’une maturité de 3 ans. Cette première opération d’une série de trois a été lancée le 15 mai 2019 Yaoundé. Elle vise à lever une enveloppe de 50 milliards de FCFA, à un taux d’intérêt de 4 %. Pour le compte des deux émissions déjà réalisées, sur les 100 milliards de FCFA sollicités, le ministère des Finances révèle que l’on enregistre un taux de souscription de 120,78 %.

Au mois de septembre 2019 (et non plus en mai comme initialement prévu), le Trésor public camerounais ambitionne de lancer la 3e émission d’OTA pour le même montant, mais pour une durée de maturité de 5 ans et un taux d’intérêt de 5,6 %

« Les banques, et plus précisément les SVT, ont relativement bien réagi à cette importante opération de levée de fonds. En effet, pour le compte des deux émissions déjà réalisées, sur les 100 milliards de FCFA sollicités, on enregistre un taux de souscription de 120,78 %, ce qui témoigne de la réceptivité des investisseurs à cette opération », se félicite Samuel Tela, le directeur de la trésorerie.


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M. Tela explique que, plusieurs arguments fondent la crédibilité de la signature de l’Etat du Cameroun : les titres émis par le Trésor public bénéficient de la garantie souveraine de l’Etat du Cameroun et sont pour cela insusceptibles de connaître un défaut de remboursement. « l’Etat du Cameroun a toujours honoré à ses engagements. A date, les emprunts obligataires Ecmr 2010-2015 et Ecmr 2013-2018 ont été remboursés en totalité et les échéances de remboursements survenues ont été respectées. Plus encore, un compte séquestre, domicilié à la Beac et régulièrement approvisionné par débits d’office du compte unique du Trésor assure la sauvegarde des fonds nécessaires au remboursement à l’échéance des titres émis », indique le directeur de la trésorerie.
Au mois de septembre 2019 (et non plus en mai comme initialement prévu), le Trésor public camerounais ambitionne de lancer la 3e émission d’OTA pour le même montant, mais pour une durée de maturité de 5 ans et un taux d’intérêt de 5,6 %. Au total donc, c’est une enveloppe globale de 150 milliards de FCFA que le Cameroun recherche sur le marché de la Beac, pour le financement de certains projets d’infrastructures.
Les ressources issues des émissions des OTA, vont permettre d’injecter 14,7 milliards de FCFA dans le secteur de l’eau et de l’énergie. Les projets concernés sont notamment l’électrification de 184 localités par système photovoltaïque, le Projet d’alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé à partir de la Sanaga (Paepys). Il a pour objectif de « mettre un terme au déficit en eau potable de la ville de Yaoundé, en apportant dans sa phase initiale un complément de 300 000 m3 /j, puis 400 000 m3 /j dans la phase d’extension ». Ce projet permettra de couvrir les villes et localités riveraines, telles que : Batchenga, Obala, Nkometou, Soa et Ntui.
En matière d’infrastructures sportives, l’Etat a prévu l’achèvement des projets relatifs à la construction des stades et voies d’accès. Le tout pour un montant de 20 milliards. A ces projets, il faut greffer les 8 milliards destinés aux Fonds routier, les projets du Plan d’Urgence Triennal (Planut) relevant du guichet trésor qui nécessitent 10 milliards, etc.

l’on observe que le gouvernement camerounais a préféré le marché de la Beac au marché financier local (Douala Stock Exchange), sur lequel l’État camerounais a pu mobiliser 795 milliards de FCFA depuis 9 ans

Dans le secteur du développement urbain, l’Etat compte investir 43,5 milliards. Ceci dans l’optique de la poursuite des travaux de construction de l’autoroute Yaoundé-Nsimalen, la réhabilitation de la voie Bokova Park-Baptist Church-Malingo Street, la réhabilitation des voies Buea Council-Mount Mary Hospital.
Dans le domaine des Travaux publics, plusieurs projets majeurs sont visés. La poursuite du désenclavement du bassin agricole de l’Ouest, le bitumage des routes Mengong-Sangmelima, Ekondo TitiKumba, Manki-Pont de la Mape et la construction du pont sur la Mape. C’est au total 54,8 milliards qui seront mis à la disposition de ces projets.


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C’est la première fois depuis le lancement du marché des titres de la Beac, que le Cameroun tente pareille opération. Surtout à travers des émissions des OTA, titres de long terme sur lesquels le Trésor public n’a réussi à lever que 48,68 milliards de FCFA depuis 2010. Par ailleurs, l’on observe que le gouvernement camerounais a préféré le marché de la Beac au marché financier local (Douala Stock Exchange), sur lequel l’État camerounais a pu mobiliser 795 milliards de FCFA depuis 9 ans. Ce choix du gouvernement peut s’expliquer par la transition que vit ce marché financier, en cours de fusion avec la bourse régionale basée à Libreville, la capitale gabonaise.

Eviter le risque de refinancement des emprunts
« Le Cameroun n’affiche aucun défaut de paiement, ni d’arriérés de paiements sur les titres publics, les engagements et les échéances sont rigoureusement respectés depuis 2011 », se félicite le ministère des Finances. Cette institution indique qu’au cours du 1er trimestre 2019, par exemple, le Trésor public camerounais a honoré toutes ses échéances de remboursement sur le marché des titres publics, soit un montant total de 77 milliards de FCFA. C’est une augmentation de 33,77 milliards de FCFA par rapport au premier trimestre 2018, période au cours de laquelle, ce remboursement s’est situé à 44 milliards de FCFA.

Le Trésor public camerounais est préoccupé par un « risque de refinancement » dans le cadre du remboursement des titres publics au deuxième trimestre 2019

Au second trimestre 2019, le ministère des Finances annonce que le Trésor public camerounais doit faire face à des débits d’office pour un montant de 137,69 milliards de FCFA. Ceux-ci sont constitués des remboursements de 5 Bons du trésor assimilables (BTA) pour un montant de 50 milliards de FCFA, des provisions à constituer pour le remboursement des annuités de trois emprunts obligataires et de l’eurobond en cours. Soit une provision mensuelle de 13,23 milliards de FCFA.


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Le Trésor public camerounais est préoccupé par un « risque de refinancement » dans le cadre du remboursement des titres publics au deuxième trimestre 2019. Le « refinancement » est le fait de contracter de nouveaux emprunts pour rembourser ses dettes actuelles. Pour honorer ses remboursements au mois d’août prochain, le Minfi pense qu’il vaut mieux constituer un tampon de liquidité. Cependant, l’institution admet que cette option est difficile. En effet, le contexte est marqué par d’importantes instances de paiements avec un stock des restes à payer d’une valeur de 369 milliards de FCFA.
L’autre option, selon le Minfi, est de lisser le profil d’amortissement des titres pour le mois d’août 2019 par des émissions de titres de maturités un peu plus longues ; de manière à constituer une réserve de remboursement ou racheter la ligne de Bons du trésor assimilables (BTA) concernée et projeter les remboursements des nouveaux emprunts sur des échéances distinctes.
La dernière solution que propose le Minfi est d’éviter d’émettre des nouveaux titres qui arriveront à échéance au mois d’août 2019. C’est-à-dire de ne pas émettre des BTA de maturité de 13 semaines au mois de mai 2019.

Remboursement de 129 milliards
Le Trésor public camerounais effectuera, tout au long de cette année 2019, des remboursements d’un montant total de 129 milliards de FCFA sur le marché des titres de la Beac, renseigne le calendrier annuel des opérations sur les titres publics, mis à la disposition de la Beac par le Minfi. Cette enveloppe à rembourser aux investisseurs sera prélevée sur les 234 milliards de FCFA que le gouvernement camerounais ambitionne de mobiliser en 2019 sur le même marché, à travers des émissions de bons du Trésor assimilables. Au final donc, ne rentreront dans les caisses de l’Etat que 105 milliards de FCFA mobilisés par le biais des émissions des BTA, 55 milliards de FCFA à lever par émissions d’OTA, puis 100 milliards de FCFA à mobiliser par le biais d’un nouvel emprunt obligataire sur le Douala Stock Exchange (DSX).


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Calcul fait, cela correspond bien à l’enveloppe de 260 milliards de FCFA que le gouvernement est autorisé à lever par émissions des titres publics (Loi de Finances), afin de compléter son enveloppe budgétaire de l’année 2019.

Le Cameroun, 3è animateur du marché des titres publics dans la Cemac
Le volume des émissions a significativement progressé pour s’établir à 1 648,8 milliards de FCFA en 2018 contre 878,7 milliards en 2017, soit une augmentation d’environ 87,6%. Au total, il a été enregistré 156 appels d’offres pour les émissions sur le marché des titres publics émis par adjudication, dont 1 538,1 milliards de FCFA en bons du Trésor assimilables (BTA) et 110,7 milliards seulement en obligations du Trésor assimilables (OTA).


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Avec un volume des émissions de 629 milliards de FCFA, le Gabon a été le plus gros animateur du marché des titres publics (compartiment des BTA) de la Cemac en 2018. Le second pays est le Tchad avec 416,6 milliards de FCFA. Le Cameroun arrive en troisième position avec 287 milliards de FCFA. Il est suivi par la Guinée Équatoriale (114 milliards), le Congo (72,5 milliards) et la République Centrafricaine (19 milliards de FCFA). Le compartiment obligataire a été uniquement animé par le Trésor public gabonais qui a mobilisé 110,7 milliards de FCFA à travers 10 émissions.

La Rédaction EcoMatin

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