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Industrialisation durable : l’Afrique est-elle prête à payer les coûts environnementaux ? Par Evrard NGUIDJOE

L’Afrique s’industrialise de mieux en mieux chaque jour. La croissance économique est souvent au rendez-vous. Malheureusement, elle reste à la traîne sur les questions environnementales liées à cette industrialisation. Tout cela ayant un impact économique certain.

Pour paraphraser un auteur célèbre on pourrait dire : « Le XXè siècle sera environnemental où ne le sera pas. » Récemment, sans forcément voir un lien direct, les feux en Amazonie ont fait l’objet d’une discussion au sommet du G7. L’Afrique est sans aucun doute dans une course vers l’industrialisation. En effet, il ne se passe pas un seul jour sur le continent sans que ses responsables tant politiques qu’économiques signent des accords de partenariat afin de construire des grands stades (le cas de la Coupe d’Afrique de Nations de football pour le Cameroun), des autoroutes, de grandes industries. En général, après ces effets d’annonce ou bien leurs concrétisations, on parle peu ou pas du tout du coût financier sur l’environnement et sur la santé humaine.

Doit-on parler d’oubli ou d’omission ? En réalité, notre beau continent est à mille lieux de ces enjeux réels. Une preuve par l’absurde est le peu de traitement médiatique sur le continent de ces questions et le peu de financements d’institutions de recherche tant publiques que privées sur ces questions. Mieux, est-ce un hasard mais cette année la ville d’Helsinki (Finlande) a réuni 2 grands congrès internationaux1 où ces problématiques ont été longuement évoquées. Ce sont les sociétés savantes européennes qui les ont organisés mais les participants viennent du monde entier. Il y a eu en effet à chaque fois plus de 65 pays dont quasi pas de pays africains notamment d’Afrique subsaharienne. Plusieurs problématiques ont été mises en débat et discutées. Nous parlerons d’une seule en citant un article du très connu Lancet2 écrit par le Professeur N.E. Skakkebaek d’un hôpital de Copenhangue (Danemark) et actuellement au congrès Eurotox. En effet, il fait un lien entre La possibilité que l’industrialisation et la croissance économique puissent être étroitement liées à une capacité de reproduction affaiblie en raison d’une exposition accrue à des polluants environnementaux nocifs.

La production et l’exposition à des produits chimiques de l’environnement susceptibles de perturber le système endocrinien. Ces produits sont communément appelés perturbateurs endocriniens. Quid de l’Afrique et des études d’impacts environnementaux diverses concernant certains grands projets. Par ailleurs, il y a 10 ans3 y compris récemment au Gabon, plusieurs contaminations de l’environnement ont été établies. Continuera-t-on en Afrique de ne pas s’intéresser à ces questions ? Le développement économique doit-il se faire au détriment de la l’environnement ? A ces questions, certains répondront « So what ». Réponse malheureusement entendue un jour dans un jury d’une thèse dans un sujet de toxicologie environnementale. Entre temps, l’OMS estime en terme de coût en Afrique de la pollution de l’air sur les dépenses de santé est de plusieurs dizaines de milliards de dollars par an. Une perspective qui ne devrait pas manquer de faire réfléchir.

*Enseignant-chercheur, UY1 à Helsinki.

 

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