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République centrafricaine : 2 milliards de dollars perdus en flux financiers illicites, selon la BAD

Cette saignée représente 19 % de ses revenus commerciaux bilatéraux et compromet fortement sa capacité à financer son développement.

Publiée mercredi 9 juillet 2025 à 15:49:36Modifiée mercredi 9 juillet 2025 à 16:00:41Temps de lecture 4 minPar Jean Omer Eyango

Flux illicites RCA
La RCA perd 19 % de ses revenus commerciaux bilatéraux

Citant une étude de 2020 fondée sur les données du Fonds monétaire international (FMI), la Banque africaine de développement (BAD) note, dans un rapport qu’elle vient de rendre public, que les erreurs de facturation commerciale ainsi que les écarts dans la balance des paiements ont généré une perte cumulative estimée à près de 2 milliards de dollars américains, soit un peu plus de 1 117 milliards Fcfa, au titre de flux financiers illicites sortants de la République centrafricaine entre 1980 et 2018.

Ce montant représente l’équivalent de ce que recherche le gouvernement centrafricain à l’occasion d’une table ronde des bailleurs de fonds prévue en septembre prochain au Maroc pour financer ses projets structurants, et plus de trois fois le budget 2025 de l’État centrafricain, équilibré en recettes et en dépenses à la somme de 384 milliards Fcfa, après le collectif budgétaire voté en mai dernier. Comparativement à certains pays de la région, le pays affiche une situation moins favorable que le Tchad ou la Guinée équatoriale (environ 150 millions de dollars américains), même s’il se situe en meilleure position que le Congo (55 milliards de dollars américains), le Cameroun et le Gabon (26 milliards de dollars chacun).

Lire aussi : Titres publics : après le Congo, la RCA accuse un retard de paiement sur le marché régional

Exprimée en proportion des revenus du commerce bilatéral, la fuite des capitaux en RCA atteint 19,3 %, soit le deuxième niveau le plus élevé au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), comme le signale la BAD. L’institution financière panafricaine relève que ces pertes ont des répercussions importantes sur l’économie nationale, dans la mesure où elles réduisent l’épargne intérieure, érodent la base de ressources mobilisables par l’État et limitent la capacité à financer les investissements publics, en particulier dans les infrastructures économiques et sociales.

En conséquence, cette dynamique compromet à la fois la stabilité macroéconomique et les perspectives de développement durable. « Le renforcement de la gouvernance, la modernisation de l’administration publique ainsi que la lutte contre les flux financiers illicites doivent dès lors être considérés comme des priorités stratégiques pour restaurer la crédibilité de l’État et améliorer la mobilisation des capitaux en faveur du développement national », suggère le rapport.

Corruption dans le secteur extractif

La BAD critique les faiblesses structurelles des institutions de l’État, lesquelles se manifestent par une administration publique complexe, sous-dotée en personnel qualifié et affectée par des pratiques discrétionnaires, qui compromettent la crédibilité de l’État ainsi que la transparence dans la gestion des finances publiques. Même si le cadre institutionnel connaît des améliorations progressives, il demeure marqué par des faiblesses systémiques affectant la gestion optimale du capital naturel, humain et financier. Dans le secteur du capital naturel non renouvelable, notamment extractif, les enjeux sont particulièrement critiques. En effet, bien que le pays dispose d’importantes réserves de diamants, d’or et d’uranium, la contribution du secteur minier au PIB reste limitée à 2,8 %, soit bien en deçà de la moyenne régionale de 9,6 % en Afrique subsaharienne.

Lire aussi : Titres publics : l’éclairage d’EcoMatin sur le retard de paiement contesté par la RCA

Cette sous-performance s’explique principalement par l’informalité persistante du secteur, la corruption, la fausse facturation, l’extraction illégale, l’insécurité et les flux transfrontaliers illicites, déplore la BAD. Dès lors, le renforcement de l’État de droit, de la gouvernance et des institutions constitue un préalable indispensable pour permettre à la République centrafricaine de mobiliser et d’utiliser efficacement ses différentes formes de capital en faveur d’un développement durable, inclusif et souverain.

Enfin, la BAD estime qu’une harmonisation fiscale dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) pourrait réduire les opportunités d’évasion fiscale de 42 % et accroître les recettes fiscales de la République centrafricaine de 2,1 points de PIB.

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