À 48 ans, Marc Mandaba fait une entrée remarquée au sein du gouvernement centrafricain. Nommé ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale dans l’équipe formée le 22 mai par le Premier ministre Félix Moloua, ce Franco-Centrafricain au profil de banquier d’affaires hérite d’un portefeuille stratégique, au moment où Bangui tente de transformer son ambitieux Plan national de développement (PND) 2024-2028 en véritable machine à attirer les capitaux internationaux.
Dans les cercles économiques de Bangui, son nom circulait déjà depuis plusieurs années. Mais sa nomination marque un changement de génération dans la haute administration centrafricaine. Là où la République centrafricaine avait souvent confié ses grands ministères économiques à des profils politiques classiques, le pouvoir mise pour le nouveau quinquennat du président Faustin Archange Touadera sur un technocrate rompu aux mécanismes de financement des infrastructures, aux négociations avec les bailleurs et à l’ingénierie des investissements.
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Né en 1978, Marc Mandaba appartient à cette nouvelle élite africaine formée entre grandes écoles européennes, banques de développement et finance internationale. Titulaire d’un master en génie mécanique de l’Université Bretagne-Sud et d’un master en finance de l’EDHEC Business School, l’une des écoles de commerce françaises les plus réputées, il débute sa carrière en 2006 chez le géant français Bouygues Construction. Il y travaille sur plusieurs projets d’ingénierie et d’infrastructures en Afrique, en Asie et en France.
Très vite, il bifurque vers la finance du développement. À la Banque africaine de développement (BAD), il occupe notamment les fonctions de senior investment officer, spécialisé dans le financement des infrastructures privées entre 2010 et 2016. Énergie, transport, partenariats public-privé…il participe à la structuration de projets complexes sur le continent africain, développant une expertise rare dans les montages financiers à forte intensité capitalistique. Il est salué pour avoir convaincu la BAD, Proparco et l’Union européenne d’intégrer le pool de bailleurs de la centrale solaire photovoltaïque de Djermaya (50 MW à terme) inaugurée l’année au nord de N’Djamena, au Tchad.
Mais c’est surtout avec SCI Capital SA qu’il gagne en visibilité à Bangui. Cette société d’investissement, détenue à 80% par l’État centrafricain, devient progressivement l’un des bras techniques de la stratégie économique du pouvoir. Marc Mandaba y pilote plusieurs dossiers liés à la mobilisation des financements internationaux et à la transformation du PND 2024-2028 en projets bancables. Son influence apparaît davantage au grand jour lors du Caucus africain organisé à Bangui en 2025, une première pour la Centrafrique. L’événement, qui réunit ministres africains des Finances, gouverneurs de banques centrales, FMI et Banque mondiale, constitue alors une vitrine diplomatique majeure pour le régime de Faustin-Archange Touadéra.
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Marc Mandaba figure parmi les principaux artisans de cette opération séduction destinée à repositionner Bangui dans les circuits financiers internationaux. Depuis deux ans, il multiplie d’ailleurs les apparitions au sein des délégations officielles centrafricaines à Washington, notamment lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale. Dans les coulisses, plusieurs observateurs le présentent comme l’un des architectes techniques du PND 2024-2028, évalué à près de 12 milliards de dollars.
Les défis sont colossaux pou le nouveau ministre. Derrière les ambitions affichées par le gouvernement Moloua III, la situation économique centrafricaine demeure extrêmement fragile. L’État reste fortement dépendant de l’aide extérieure, tandis que la dette publique avoisine 1 050 milliards Fcfa, pour un pays dont le budget central se situe encore en deçà de 400 milliards Fcfa. En 2025, le service de la dette a absorbé près du tiers des recettes publiques qui ont atteint 160 milliards Fcfa en 2025. Les besoins humanitaires persistent, tout comme les fragilités sécuritaires dans plusieurs régions du pays. Dans ce contexte, Marc Mandaba devra convaincre les investisseurs internationaux que la Centrafrique peut devenir un terrain crédible pour les grands projets d’infrastructures. Routes, énergie, agriculture, numérique, mines…tous les secteurs stratégiques nécessitent des financements massifs.
Le nouveau ministre entend justement faire de la « diplomatie économique » le moteur de cette nouvelle phase. « Le pays n’est pas enclavé, il est connecté au monde par voie terrestre », a-t-il déclaré l’année dernière sur les antennes d’Africa 24, pour défendre sa vision d’une Centrafrique davantage intégrée aux corridors régionaux et aux chaînes logistiques africaines. Cette approche séduit une partie des partenaires économiques, qui voient en lui un interlocuteur capable de parler le langage des marchés financiers autant que celui des institutions multilatérales.










