La compagnie pétro-gazière britannique Savannah Energy annonce le report au second semestre 2026 de la sentence arbitrale l'opposant à l'État du Cameroun concernant la gestion de la section locale de l'oléoduc transfrontalier Tchad-Cameroun. Initialement attendu au premier semestre, ce glissement a été officialisé dans le rapport financier du groupe publié le 25 août dernier. « Nous nous attendons actuellement à ce que ces procédures arbitrales soient conclues au second semestre 2026 », précise la direction de l'entreprise cotée à la Bourse de Londres.
Si les raisons du report ne sont pas précisées, cette procédure, initiée en 2023 à la Chambre de commerce internationale par la filiale Savannah Midstream Investment Limited (SMIL), porte sur la violation présumée de ses droits au sein de la Cameroon Oil Transportation Company (COTCo). Cette entité gère les 901 km d'infrastructures camerounaises faisant transiter 250 000 barils de brut tchadien par jour vers le terminal de Kribi. L'entreprise britannique réclame 330 millions de dollars en principal, assortis de plus de 67 millions de dollars d'intérêts de retard. Ce contentieux découle de la nationalisation par le Tchad, en mars 2023, des champs pétroliers de Doba et de l'opérateur TOTCo, actifs anciennement détenus par ExxonMobil et acquis par Savannah fin 2022. En parallèle, une procédure similaire visant N'Djamena pour 775 millions de dollars de dommages (hors intérêts) devrait connaître son épilogue au premier semestre 2027.
Le prolongement de ce litige fige l'activité sous-régionale de la junior pétrolière. Selon son rapport de durabilité publié le 3 septembre 2026, le Cameroun et le Tchad pèsent 0 % dans les revenus du groupe pour l'exercice 2025. En clair, la société ne tire aucun flux financier de ses 41,06 % d'intérêts indirects revendiqués dans COTCo. Actuellement, la totalité de ses revenus est générée par ses opérations au Nigeria, soutenues par une production de 18 800 barils équivalent pétrole par jour et des réserves de 168 millions de barils.
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Sur le plan local, l'enlisement du dossier produit des effets comptables directs pour le partenaire étatique. Dans ses états financiers 2025, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a acté une dépréciation de 10,765 milliards de FCFA. Ce montant représente 40 % des 26,9 milliards de FCFA versés à SMIL lors de la convention signée le 19 avril 2023 pour l'acquisition inachevée de 10 % du capital de COTCo, illustrant l'incertitude pesant sur le dénouement de la transaction.
Historiquement, l'accord d'avril 2023 devait permettre à la SNH de porter sa participation de 5,17 % à 15,17 % dans le pipeline global (1 081 km). Cependant, le Tchad s'y était fermement opposé, y voyant une reconnaissance implicite des droits de Savannah sur les actifs fraîchement nationalisés. Ce désaccord avait déclenché une crise diplomatique, culminant avec le rappel de l'ambassadeur tchadien à Yaoundé.
Dans l'attente du verdict, Savannah Energy maintient ses perspectives au Cameroun par le prisme de la diversification. Son projet hybride hydroélectrique et solaire de Bini a Warak (95 MW) reste inscrit au portefeuille et en phase de négociation avec le gouvernement. Une stratégie de résilience similaire est déployée au Niger avec un projet éolien de 250 MW.
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