Parvenu à mi-mandat, le président tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno, maintient sa logique d’ouverture politique avec la nomination, le 19 août, d’Idriss Ahmed Idriss au poste de secrétaire général de la présidence. Au-delà d’une simple décision, cette désignation vient récompenser un discret et délicat travail de rapprochement mené ces derniers mois, et dont le couronnement s’est concrétisé cinq jours plus tôt par la grâce accordée à neuf opposants regroupés au sein de l'ex-Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP). Le plus emblématique étant l’ancien premier ministre Succès Masra, le leader du parti les Transformateurs, dont la peine de 20 ans d'emprisonnement a été annulée. « Idriss Ahmed Idriss a activement participé aux pourparlers ayant débouché sur ces libérations », glisse un connaisseur des arcanes du pouvoir, à Ndjamena.
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Cette mise en orbite d’Idriss Ahmed Idriss, 55 ans, est l’indication claire de ce qu’il est désormais amené à accompagner Mahamat Idriss Déby Itno, sur le plan institutionnel et à une position privilégiée, dans la nouvelle donne politique qu’il entend imprimer au Tchad pour la seconde moitié de son mandat. Une période délicate qui requiert la présence d’une valeur sûre à ses côtés. Du coup, les initiés n’ont donc pas été surpris du choix de celui que le chef de l’Etat appelle « Oncle » en privé, pour souligner la proximité entre les deux hommes. Au-delà du fait que la mère du nouveau patron administratif de la présidence tchadienne soit une Zaghawa, comme Mahamat Idriss Déby, le nouveau secrétaire général fut le beau-frère de son feu père, Idriss Déby Itno, signe manifeste de l’ancienneté de leur compagnonnage.
Expérience nationale et internationale
Les Tchadiens connaissaient l’économiste expert, ils apprendront à découvrir le fin politique qu’est Idriss Ahmed Idriss. Puisqu’il est appelé à arbitrer les dossiers à soumettre à l’attention du président, tout en s’assurant de ce que ses instructions trouvent une traduction efficace sur le terrain. Il pourra alors s’appuyer sur sa vaste expérience, nationale et internationale, pour animer les différentes équipes installées au palais Toumai.
Car, le Tchadien a dirigé la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), le régulateur bancaire régional. A deux reprises, il a séjourné à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), où il a été chef de service de la balance des paiements et participe à l'analyse de la viabilité de la dette de son pays d’origine. Il a aussi occupé le poste de conseiller du directeur national pour le Tchad, avec la charge du secrétariat du Conseil national de crédit. Lorsque son compatriote Abbas Mahamat Tolli accède au poste de gouverneur, en février 2017, Idriss Ahmed Idriss est nommé délégué du gouverneur au bureau parisien de la banque centrale régionale, de 2019 à 2021, avant de redevenir directeur national de la BEAC pour le Tchad de juillet 2021 au 19 août 2026.
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Ce parcours international est en résonance avec une trajectoire interne tout aussi éloquente. Titulaire d'un baccalauréat série D obtenu au lycée Félix Éboué de N'Djamena en 1989, Idriss Ahmed Idriss poursuit ses études au Maroc, où il décroche une licence en sciences économiques à l'Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès en 1995. Il complète son cursus en France avec un diplôme de troisième cycle en gestion des affaires internationales à l'ILERI de Paris, puis un DESS en Droit et pratiques des affaires internationales à l'Université Nice Sophia Antipolis, tous deux obtenus en 1997.
Bilan économique
De retour à Ndjamena et fort de cette double expertise en économie et en droit des affaires, il entame sa carrière au secrétariat national chargé du renforcement des capacités, dans le cadre d'un programme financé par la Banque mondiale et destiné à préparer l'économie tchadienne, notamment son secteur privé. Entre deux passages à la banque centrale, il a piloté la Banque internationale pour l'Afrique au Tchad (BIAT). En août 2001, à peine âgé de 30 ans, feu Idriss Deby Itno (mort au front le 20 avril 2021) le fait entrer dans le gouvernement comme ministre des Finances, avant d’élargir le périmètre du portefeuille à l'Économie et les Finances, fonction qu'il occupe jusqu'en février 2004.
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Un pédigrée qui pèsera également pour permettre à Mahamat Idriss Déby Itno de se forger un bilan économique honorable, qu’il faudra présenter aux électeurs le moment venu. En cela, Idriss Ahmed Idriss sera une pièce essentielle dans la matérialisation du Plan national de développement (PND) et de la réussite de la Facilité élargie de crédit (FEC) conclue avec le Fonds monétaire international et en cours de réalisation.
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