Les autorités congolaises n’ont pas fini de retenir leur souffle. La perspective d’une prise de participation de Brazzaville dans le capital de Corsair est loin d’être assurée. La Commission européenne n’a pas encore donné son avis final sur le plan de restructuration de la compagnie aérienne. Lequel plan de sauvetage consacre en effet l’entrée de la République du Congo dans le capital du transporteur français, avec une participation de 15 millions d'euros (près de 10 milliards de Fcfa), couvrant ainsi la moitié des 30 millions d'euros nécessaires pour la recapitalisation de la compagnie. Et marquant par ailleurs, un pas décisif vers l’ouverture d’une ligne directe entre Paris (France) et l’aéroport de Maya-Maya à Brazzaville. « Corsair desservira le Congo une fois le plan de restructuration validé par la Commission européenne », confirme une source au sein de l’entreprise. Mais ce n’est pas gagné. Une "menace" plane en effet sur le dossier. Elle s’appelle Air Caraïbes.
Air Caraïbes, les raisons d’une opposition
Selon des informations du Monde, la compagnie membre du groupe Dubreuil a assigné sa rivale en référé, le 22 mai, devant le tribunal de commerce mixte de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Christine Ourmières-Widener, la nouvelle PDG d’Air Caraïbes, tenterait d'obtenir « la publication des comptes de Corsair, qui ne l’ont jamais été ». L’audience doit se tenir le 14 juin. Interrogé par le même média, Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair, indique effectivement qu’il n’a pas encore publié les comptes 2022 de sa compagnie. « Mais nous allons le faire », assure-t-il. Le nœud du conflit entre les deux transporteurs réside dans les modalités financières du plan de restructuration de Corsair, présenté fin 2023 et appuyé par la présidence de la République de France. Ce plan prévoit l’abandon de plus de 103 millions d’euros de dettes par l’Etat français, ainsi que 44 millions d’euros de rééchelonnements et crédits d’impôt. Pour Air Caraïbes, un tel soutien de l’Elysée serait contraire aux règles.
Contactée par EcoMatin, Air Caraïbes soutient que cette aide financière est de nature à créer une distorsion de concurrence. Notamment sur les liaisons vers les Outre-mer, où les deux compagnies se disputent les mêmes marchés : « La concurrence est la base de tout marché, quel que soit le secteur. Cependant, Air Caraïbes s’engage à préserver ses intérêts, ceux de ses collaborateurs et de ses clients. Une concurrence ne peut exister que si elle est loyale et légitime. Si une concurrence est jugée comme déloyale, alors des mesures doivent être prises par les autorités compétentes auprès desquelles Air Caraïbes se tient toujours à disposition ».
Air Caraïbes ne « souhaite [pas] la mort » de Corsair
Le 24 mai, Air Caraïbes a présenté les raisons de son opposition au plan de sauvetage de Corsair, à la Commission européenne. Cette dernière doit déterminer si l'aide proposée à Corsair est proportionnée et conforme aux règles de l'Union Européenne concernant les aides d'Etat. L'objectif étant de s’assurer que Corsair puisse retrouver sa viabilité à long terme sans dépendre de nouvelles aides publiques et que la concurrence reste équitable pour toutes les compagnies aériennes concernées. Ainsi, Air Caraïbes affirme ne pas souhaiter la mort de Corsair. « Air Caraïbes ne souhaite la mort de personne. Elle veut l’équité. C’est sa position », confie la compagnie à EcoMatin. « Air Caraïbes n’a jamais souhaité la disparition d’une compagnie concurrente par opportunisme ou malveillance, communique-t-elle encore. En revanche, la compagnie s’opposera toujours à toutes manœuvres illégitimes visant à favoriser un acteur au détriment de l’équilibre du marché. L’équité doit toujours primer ».
Péril sur l’expansion de Corsair en Afrique ?
Seulement, selon certaines indiscrétions, la posture d’Air Caraïbes qui continuent de défendre vigoureusement sa position dans cette bataille complexe et stratégique pourrait contribuer à la non approbation du plan de sauvetage de Corsair. En conséquence, le Congo verrait ses espoirs de devenir l’un des plus gros actionnaires de ladite compagnie voler en fumée. De même que Corsair pourrait définitivement faire une croix sur son programme d’expansion dans le continent africain qui représente 20% de l’activité et de son chiffre d’affaires. Le transporteur français négocie depuis février, son arrivée au Cameroun. Dakar, que la compagnie a desservi jusqu’à l’avènement d’Air Sénégal, reste un objectif, tout comme le Gabon. L’expansion du transporteur français en Afrique comprend aussi une augmentation des fréquences sur les lignes existantes. Corsair projette de renforcer son programme de vols vers Abidjan en Côte d’Ivoire (jusqu’à neuf vols par semaine), Bamako au Mali (au moins six vols hebdomadaires dont quatre vols directs) et Cotonou au Bénin (cinq vols hebdomadaires dont trois vols directs).











