En République centrafricaine (RCA), le défi n’est plus seulement de construire des points d’eau, mais de garantir la rentabilité des infrastructures disponibles. C’est le principal enseignement du rapport d’achèvement du projet « Réduction de la vulnérabilité des populations rurales et urbaines face aux changements climatiques par l’approvisionnement en eau » (PCRVP-FCAE). Rapport publié par la Banque africaine de développement (BAD).
Dans son évaluation, l’institution financière estime que « la vente d’eau par les Comités de Point d’Eau (CPE) est une bonne approche pour pérenniser l’ouvrage en termes d’entretien et de réparation en cas de panne ». Mais ce modèle reste confronté à une faiblesse majeure : l’utilisation rationnelle des revenus générés par ces structures communautaires.
Selon le rapport de la BAD, des mécanismes de maintenance existent déjà à l’instar de l’accompagnement proposé par l’ONG Water for Good, spécialisée dans la réparation et le suivi des forages. Les CPE versent une contribution mensuelle de 20 000 FCFA pour bénéficier d’une intervention en cas de panne, quel que soit le niveau de réparation nécessaire.
Cependant, la BAD relève un déséquilibre dans la gestion des recettes. « L’argent mobilisé chaque mois par ce comité est cinq fois plus important que ce qu’il verse à Water for Good », dénonce le rapport. Selon la BAD, ces ressources excédentaires devraient servir à financer d’autres besoins structurels. Notamment l’entretien régulier des ouvrages, la constitution d’un fonds d'urgence ou l’acquisition de nouveaux forages.
Tarification
Au-delà de la mobilisation des recettes des CPE, la BAD souligne la nécessité de revoir le modèle tarifaire appliqué aux points d’eau communautaires. Pour elle, « le système de tarification doit être révisé à la baisse dans les milieux urbains », rappelant au passage que « la politique en Centrafrique ne prévoit pas de forages dans les milieux urbains ».
Lire aussi : RCA-RDC : 27,5 milliards FCFA de la BAD pour un projet d’eau potable transfrontalier
Pour la BAD, le forage communautaire constitue une réponse adaptée aux zones rurales, où les réseaux classiques d’approvisionnement restent difficiles à déployer et où les CPE jouent un rôle central. À l'inverse, dans les espaces urbains censés s'appuyer sur des réseaux structurés, le recours palliatif aux forages crée « une charge financière disproportionnée pour les ménages si la tarification n'est pas régulée ». L’objectif est de trouver le juste équilibre : maintenir l’accès vital à l’eau potable tout en préservant l'outil de production.
Cette problématique de viabilité économique se pose à l'heure où des investissements massifs ont été réalisés dans le secteur. Bien que clôturé après plusieurs années de retard du fait des crises sécuritaires, institutionnelles et sanitaires, le projet PCRVP-FCAE a néanmoins dépassé ses objectifs initiaux.
Ce programme est allé au-delà de ses objectifs en réalisant 58 forages équipés de pompes à motricité humaine, sur les 50 initialement prévus. À Bangui la capitale, la capacité de pompage de la Société de distribution d’eau de Centrafrique (SODECA) a doublé, passant de 1 500 m³/h à 3 000 m³/h, grâce à la construction d’une nouvelle station de pompage d’exhaure et d’une station flottante.
Avec une population estimée à environ 1,4 million d’habitants, Bangui concentre une part de la demande en eau potable en Centrafrique. Selon la Banque mondiale, dans son rapport « République centrafricaine Évaluation des entreprises publiques », la capacité de production de la SODECA dans la capitale était estimée à 1 500 m³ par heure, soit environ 36 000 m³ par jour, pour une demande potentielle évaluée à 65 000 m³ en 2021. La BAD prévient : ces infrastructures ne produiront leurs effets socio-économiques escomptés que si leur modèle de gestion garantit leur pérennité financière.
Lire aussi : RCA : l’AFD accorde 42 milliards FCFA pour relancer un complexe hydroélectrique
Par Inès Marie Nga (stagiaire)













