Le 4e Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH), lancé le 24 avril et couplé pour la première fois au Recensement de l'agriculture et de l'élevage (RGAE), risque de ne pas boucler dans les délais. La clôture des opérations, initialement fixée au 29 mai, est désormais compromise par une accumulation de dysfonctionnements sur le terrain.
Grève annoncée, paiements bloqués
Le 19 mai, la coordination nationale des agents recenseurs a adressé au Premier ministre un mémorandum valant mise en demeure et préavis de grève pour le 22 mai. Premier grief : le paiement d'une rémunération forfaitaire de 150 000 FCFA par agent, dont les modalités de versement sont contestées. Le collectif réclame également le règlement des frais de formation, une réévaluation des frais de transport en zones enclavées et la publication de la grille des ressources humaines.
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Les fonds sont pourtant disponibles, selon une source proche du dossier ayant requis l'anonymat. C'est la Banque mondiale qui gère directement les paiements via MTN et Orange. Les blocages seraient techniques : non-conformité entre le nom de l'agent et celui de la puce réceptrice, plafonds de transactions atteints, ou agents non inscrits sur les listes officielles après avoir remplacé un démissionnaire sans le signaler. Selon cette même source, 30 585 agents sur 31 000 auraient déjà été payés. Cet argument ne convainc pas sur le terrain. « J'ai deux puces, une MTN et une Orange, toutes deux identifiées à mon nom. Pourquoi n'ai-je encore rien reçu ? Sans oublier que nous attendons toujours les frais de formation », s'indigne un agent recenseur.
60 % des données non transmises
Les retards de paiement s'accompagnent de défaillances opérationnelles plus profondes. Selon un cadre du collectif d'agents, 60 % des acteurs sur le terrain n'ont pas encore réussi à transférer leurs données. Pire : au moins 40 % n'ont pas entamé la phase de dénombrement.
Des sources gouvernementales évoquent déjà un "léger décalage" des délais, imputé à des retards en formation. La coordination du recensement conteste cette version : selon elle, les formations se sont achevées le 22 avril, deux jours avant le lancement officiel des opérations. Le gouvernement n'avait pas officiellement réagi au moment de la publication de cet article.
21 ans d'attente pour un recensement à 13 milliards
Annoncé depuis 2015 et organisé 21 ans après le précédent recensement de 2005, le RGPH-RGAE représente un coût global de 13,3 milliards FCFA — dont 7 milliards financés par le Programme régional d'harmonisation des statistiques en Afrique de la Banque mondiale et 6,2 milliards pris en charge par l'État camerounais.

