À travers deux décrets signés le 22 juillet 2026, le président camerounais Paul Biya a autorisé le ministre de l'Économie à contracter deux emprunts extérieurs d'un montant global de 25,6 milliards de FCFA (environ 39,2 millions d'euros). Le premier, d'un montant de 4,12 milliards de FCFA, sera mobilisé auprès de Deutsche Bank Espagne sous la forme d'un crédit-acheteur complété par un crédit commercial. Il est destiné au financement de travaux supplémentaires de la première phase du projet d'aménagement touristique et économique du lac municipal de Yaoundé. Le second, d'un montant de 21,6 milliards de FCFA, sera conclu avec l'Association internationale de développement (IDA), le guichet concessionnel de la Banque mondiale, pour financer le Projet de filets sociaux adaptatifs et d'inclusion économique (PFS-AIE).
Lac municipal de Yaoundé
Le décret présidentiel lève un obstacle qui bloquait depuis plusieurs mois la mobilisation des fonds de Deutsche Bank Espagne. Fin décembre 2025, le ministère de l'Habitat et du Développement urbain (Minhdu) indiquait en effet que le Comité national de la dette publique (CNDP) avait rejeté la demande de financement complémentaire de 4,12 milliards de FCFA, contraignant le département ministériel à financer sur ressources propres plusieurs travaux jugés prioritaires, notamment la sécurisation du site par une clôture métallique.
Selon le Minhdu, les travaux de la première phase, confiés à l'entreprise espagnole Elecnor S.A. pour un montant de 12,3 milliards de FCFA, ont débuté en janvier 2021 avant d'être provisoirement réceptionnés en avril 2024. Ils ont porté notamment sur le curage du grand et du petit bassin sur près de 110 000 m², l'aménagement d'une voie multimodale de 1,8 kilomètre, la réalisation d'une voie interne de 600 mètres ainsi que la construction d'un restaurant en bordure du lac.
Avec ce financement additionnel, le coût de cette première phase atteindra désormais près de 17 milliards de FCFA. La seconde phase, toujours en préparation, devrait porter sur la rénovation de l'ensemble de la vallée de la Mingoa, sur environ 250 hectares, dans le cadre envisagé d'un partenariat public-privé.
Filets sociaux adaptatifs
Le second décret concerne le Projet de filets sociaux adaptatifs et d'inclusion économique (PFS-AIE), lancé pour renforcer les mécanismes de protection sociale en faveur des ménages les plus vulnérables. Initié en 2013 dans la commune de Soulédé-Roua, dans la région de l'Extrême-Nord, le programme a progressivement été étendu à l'ensemble du territoire.
Selon le Document de programmation économique et budgétaire, près de 2 millions de personnes bénéficient désormais du dispositif. Pour le seul exercice 2025, le gouvernement y a consacré 146,75 milliards de FCFA. En mars 2022 déjà, la Banque mondiale avait approuvé un crédit de 93 milliards de FCFA destiné à soutenir 217 500 bénéficiaires, parmi lesquels des ménages pauvres, des jeunes en milieu urbain et des personnes déplacées internes.
Ce nouveau financement intervient dans un contexte de dégradation persistante des indicateurs sociaux. D'après la Banque mondiale, le nombre de Camerounais vivant sous le seuil international de pauvreté est passé de 6,2 millions en 2021 à plus de 6,9 millions en 2024, soit près de 700 000 personnes supplémentaires en trois ans. Parallèlement, le gouvernement estime qu'à fin 2025, 3,12 millions de personnes, soit 11 % de la population, se trouvaient en situation d'insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë, en légère hausse par rapport à l'année précédente.











