La Banque africaine de développement (BAD), dans son récent Rapport pays sur le Cameroun, alerte sur une « faible conformité fiscale », qui contribue à freiner la capacité du pays à transformer sa croissance économique en recettes fiscales. A titre d’exemple, les arriérés fiscaux ont atteint 1 402,8 milliards FCFA en 2024, contre 984,5 milliards FCFA en 2022, soit une hausse de 418,3 milliards F CFA (+42,5 %) en seulement quatre ans. Ce qui fait dire à la BAD que « l’élasticité des recettes fiscales du Cameroun (0,99) est faible, en deçà de 1 (en dessous de la moyenne régionale et africaine), impliquant que les recettes fiscales croissent moins vite que le PIB ».
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La BAD identifie plusieurs autres pesanteurs. La première est l'étroitesse de l'assiette fiscale, qui limite structurellement le potentiel de collecte de l'État. À cela s'ajoute l'octroi excessif d'exonérations fiscales, souvent accordées sans évaluation de leur efficacité économique. L'institution africaine pointe également du doigt le poids du secteur informel, qui représente 49,2 % du PIB et 86,6 % des emplois au Cameroun, une part considérable de l'activité économique qui échappe ainsi largement à l'impôt et prive l'État de ressources substantielles.

Enfin, la BAD souligne les faibles capacités administratives du pays à lutter efficacement contre les abus de prix de transfert pratiqués par les entreprises multinationales, ainsi que contre l'évasion et la fraude fiscales, des phénomènes qui érodent davantage la base taxable et compliquent le recouvrement.
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Au-delà de ces facteurs structurels, la BAD met en évidence un « un faible alignement entre les systèmes fiscaux et la structure de l’activité économique ». L'industrie affiche une élasticité des recettes fiscales plus élevée que l'agriculture et les services, ce qui reflète sa contribution croissante au PIB. Ce constat suggère en creux que l'agriculture et les services - pourtant des secteurs majeurs de l'économie nationale - demeurent relativement sous-taxés au regard de leur poids économique réel, révélant ainsi une marge de manœuvre fiscale inexploitée dans ces branches d'activité.
Pourtant, le recouvrement de ces impayés fiscaux permettrait de réduire un déficit de financement aujourd'hui considérable. Selon le même rapport, les besoins de financement nécessaires pour accélérer la transformation structurelle du pays d'ici 2030 sont estimés à 13,9 milliards de dollars (7 800 milliards FCFA) par an, tandis que le déficit de financement s'élève à 9,2 milliards de dollars (5 200 milliards FCFA) par an, soit 16,4 % du PIB.
Or, les flux financiers entrants au Cameroun demeurent largement en deçà de ces besoins : ils sont passés de seulement 0,7 milliard de dollars en 2020 à 0,9 milliard en 2024, une progression bien trop timide pour combler l'écart.
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Le nombre de contribuables a pourtant connu une hausse spectaculaire, passant de 25 000 en 2010 à 400 000 contribuables professionnels en 2024, soit une progression de 375 000 nouveaux contribuables en quatorze ans (+1 500 %). Face à cette embellie, un « effort sans précédent d'élargissement de l'assiette fiscale » s'impose désormais pour diversifier les bases imposables ; notamment vers les particuliers et les organismes à but non lucratif, comme l'indiquait Roger Athanase Meyong Abath, directeur général des Impôts (DGI), lors du lancement officiel du budget 2025, le 15 janvier dernier à Buea, dans la région du Sud-Ouest.









