Les deux enjeux majeurs de la session budgétaire qui s'est ouverte le 03 novembre dans les deux chambres du Parlement camerounais sont la prestation de serment du président réélu Paul Biya, prévu d'ici au 07 novembre, et le vote du budget 2026 de l'État. Ce budget, très attendu, sera le premier du septennat dit des « grandes espérances » du chef de l'État. Le président de l'Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril, dans son discours d'ouverture de cette session qui va durer un mois, a exprimé le vœu que ce budget soit « réaliste, conforme aux orientations du chef de l'État » et surtout qu'il constitue « un instrument efficace permettant au président de démarrer son nouveau mandat en toute sérénité ». « Il s'agit pour lui de répondre, au maximum, aux aspirations du peuple qui lui a renouvelé sa confiance », a-t-il ajouté.
À 92 ans, Paul Biya a été réélu à l’issue de l’élection présidentielle du 12 octobre dernier avec 53,66% des voix, un résultat en recul par rapport aux 71% obtenus en 2018. Ce scrutin, marqué par une forte abstention, traduit selon plusieurs observateurs un contexte politique et socio-économique plus exigeant pour le chef de l’État, en fonction depuis 43 ans. Sur le plan social, les défis restent importants. D’après la 5ᵉ Enquête camerounaise auprès des ménages publiée en avril par l'Institut national de la statistique (INS), 37,7% de la population vit en dessous du seuil national de pauvreté, fixé à 813 FCFA par personne et par jour. Ce niveau demeure supérieur à la cible de 30,8% inscrite dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND-30).
Lire aussi : Présidentielle Cameroun : le Conseil constitutionnel déclare Paul Biya vainqueur avec 53,66% des voix
Le 18 juillet 2025, le président de la République a publié sa traditionnelle circulaire relative à la préparation du budget 2026, qui fixe un cap budgétaire à la fois ambitieux et exigeant : poursuivre la consolidation budgétaire tout en préservant la relance économique. Le texte enjoint le gouvernement à maintenir le déficit global dans la limite de 3% du PIB, conformément aux critères de convergence de la CEMAC, à maîtriser l'endettement public, à optimiser la collecte des recettes fiscales et non fiscales, et à rationaliser les dépenses courantes pour dégager davantage de marges en faveur de l'investissement productif. Il a également prescrit une priorisation stricte des projets selon leur impact socio-économique, leur degré de maturité et leur contribution aux axes majeurs de la SND-30 que sont l'industrialisation, la transformation locale des ressources, le développement des infrastructures de base, et l'amélioration du capital humain.
Lire aussi : Présidentielle 2025 : la carte électorale du Cameroun se recompose
La circulaire appelle enfin à une gouvernance plus rigueur des finances publiques, à travers la transparence budgétaire, la reddition des comptes et le suivi de la performance des programmes ministériels. Le Cameroun, qui négocie actuellement un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI), a besoin de ressources considérables pour accélérer ses projets structurants et améliorer les conditions de vie de ses quelque 30 millions d'habitants. En 2025, le budget a culminé à 7 735,9 milliards Fcfa après un budget collectif adopté en juillet, soit une hausse de plus de 418 milliards Fcfa par rapport à 2024. Il est très probable que pour 2026, le pays maintienne la tendance haussière de son budget adopté depuis plusieurs années.
Lire aussi : Cameroun : l'économie prise dans la tourmente post-électorale



