Au Cameroun, le gouvernement a de nouveau annoncé qu’aucune importation de sucre ne sera autorisée au cours de la campagne sucrière 2025-2026. Une déclaration récurrente, presque rituelle, que le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana, réaffirme chaque année, alors même que les capacités réelles de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) peinent à suivre la demande nationale. À la lecture des chiffres et du contexte opérationnel, l’écart entre l’ambition politique et la production effective interroge.
La sortie du ministre intervient au lendemain du lancement officiel de la campagne sucrière 2025-2026. Sosucam y assure pouvoir couvrir les besoins du marché, forte d’un stock total d’environ 100 000 tonnes. Elle est issue à la fois des opérations de la raffinerie installée à Douala dont le potentiel devrait atteindre 70 000 tonnes d’ici le 31 décembre 2025, et des stocks de sucre importé pour la vente aux ménages estimés à 30 000 tonnes.
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Mais cette trajectoire affichée se heurte frontalement à la réalité des dernières campagnes. En 2024 déjà, malgré un engagement gouvernemental similaire, fondé sur une estimation de 135 000 tonnes disponibles, le Cameroun a finalement importé 250 000 tonnes de sucre au premier semestre, pour un coût de 43 milliards FCFA selon les données du système douanier CAMSIS. Cette dissonance annuelle fragilise la crédibilité des déclarations officielles, d’autant que la production structurelle de Sosucam ne couvre plus la demande nationale chiffrée à près de 220 000 tonnes.
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L’entreprise opère pourtant sur un périmètre considérable : 25 000 hectares de plantations, pour une production moyenne de 100 000 tonnes par an. Mais elle traverse une crise profonde. En janvier 2025, une grève de deux semaines a paralysé la production, entraînant plus de 5 milliards FCFA de pertes pour 970 hectares de plantations incendiées. Les contraintes s’accumulent : conditions climatiques défavorables, hausse du coût des intrants, tensions internes etc. Les impacts sur le marché sont lourds. Sosucam a enregistré une baisse de 25% de ses ventes aux ménages entre janvier et octobre 2024. Une chute directement liée aux importations massives et à la concurrence déloyale, qui a également amputé les recettes de TVA de l’État de 3,1 milliards FCFA en dix mois. Dans un tel contexte, les projections optimistes d’autosuffisance interrogent : comment garantir « zéro importation » quand la production nationale couvre à peine la moitié de la demande et que les stocks existants incluent déjà du sucre importé ?













