L’endettement des États de la CEMAC connaît un début d’année difficile sur le marché régional des titres publics. Le taux moyen pondéré des Obligations du Trésor assimilables (OTA) s’est établi à 10,86 % en janvier 2026, selon un rapport de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) consulté par EcoMatin. Ce niveau représente une hausse de plus de deux points de pourcentage par rapport aux 8,82 % observés en décembre 2025, et figure parmi les plus élevés enregistrés depuis la création du marché régional de la dette.
Les OTA correspondent aux obligations souveraines d’une maturité supérieure à un an, émises par les États auprès des banques et investisseurs institutionnels pour financer les déficits budgétaires et certains projets publics. La hausse des taux observée en janvier est principalement imputable au Congo, qui a levé des ressources à un taux moyen de 11,69 %, suivi du Tchad (11,03 %), de la République centrafricaine (10,44 %)et du Gabon.
Lire aussi: Marché des titres publics : la dette des États de la CEMAC bondit de 26 % à 9 500 milliards FCFA
À l’inverse, le marché des Bons du Trésor assimilables (BTA), titres de court terme d’une maturité inférieure à un an, est resté relativement stable. Le taux moyen pondéré s’est établi à 7,05 %, contre 7,09 % en décembre. Malgré ce léger repli, ce niveau demeure élevé pour des financements de très courte durée. Sur ce segment, le Gabon s’est distingué avec un taux moyen de 6,63 %, tandis que la Guinée équatoriale a dû consentir des rendements supérieurs à 8 %, traduisant une perception de risque plus élevée par les investisseurs.
4000 milliards en 2026
La remontée des taux observée en ce début d’année pourrait compliquer la réalisation des programmes d’emprunts des États de la sous-région, qui prévoient de lever près de 4 000 milliards de FCFA en 2026 sur le marché domestique. Deux facteurs principaux expliquent cette pression haussière sur les coûts d’emprunt.
Lire aussi: Marché financier : la COSUMAF durcit les conditions d’agrément des dirigeants
Le premier tient à la forte dépendance du marché vis-à-vis du système bancaire. Au 31 janvier 2026, l’encours total de la dette des États de la CEMAC sur le marché régional atteignait 9 451,5 milliards de FCFA, dont 76,9 % détenus par les banques, contre 19,1 % pour les investisseurs institutionnels et seulement 3 % pour les particuliers. Cette concentration limite la capacité des banques à absorber de nouvelles émissions, ce qui raréfie la liquidité et contribue à faire monter les rendements exigés. Pour atténuer cette contrainte, la BEAC encourage les banques agréées comme Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) à céder une partie de leurs portefeuilles sur le marché secondaire, afin de libérer de la capacité pour participer aux nouvelles émissions.
Taux directeurs
Le second facteur réside dans le resserrement de la politique monétaire de la banque centrale. En décembre 2025, la BEAC a relevé de 25 points de base son principal taux directeur, le portant à 4,75 %, dans le cadre de sa stratégie visant à soutenir les réserves de change et à contenir les pressions inflationnistes. Si aucun assouplissement n’est décidé lors de la prochaine réunion du Comité de politique monétaire prévue en mars, la persistance de taux élevés pourrait compliquer les conditions de financement des États.
Lire aussi: CEMAC : les emprunteurs défaillants désormais interdits d’accès à leurs comptes bancaires
Dans ce contexte, la faible profondeur du marché domestique et la hausse du coût des financements pourraient inciter certains pays à se tourner davantage vers les marchés internationaux et les bailleurs multilatéraux. Le Cameroun et le Congo ont déjà réalisé des émissions d’eurobonds depuis le début de l’année. En plus, Yaoundé négocie actuellement avec la Banque africaine de développement (BAD) et l’African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI) pour obtenir une garantie couvrant un emprunt international d’environ 585 milliards de FCFA.








