La relance officielle des activités de l’Association camerounaise du gaz (ACG), le 31 octobre à Yaoundé, s’est déroulée dans une atmosphère beaucoup plus tendue que ne le laissaient paraître les sourires protocolaires. Après seize années d’hibernation, l’organisation réunissant les principaux acteurs publics et privés du secteur gazier devait élire un nouveau bureau exécutif. Si la reconduction d’Adolphe Moudiki, directeur général de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), à la présidence n'a fait l’objet d’aucune contestation, le choix du deuxième vice-président a immédiatement cristallisé les tensions.
Perenco Cameroun, unique opérateur gazier du pays, s’attendait à retrouver sans difficulté le fauteuil qu’il occupait avant la mise en sommeil de l’ACG. Son représentant n’a pas caché ses ambitions, arguant du rôle pionnier de la compagnie dans le développement du gaz camerounais et de sa contribution budgétaire jugée significative. « Nous sommes les seuls à produire du gaz au Cameroun. Nous contribuons à 5 % du budget de l’État. Ce poste nous revient » a déclaré son représentant. La société, opérateur dans les champs gaziers de Kribi et de Campo, et partenaire de la SNH sur plusieurs blocs gaziers, rappelle qu’elle a été la première à croire en la faisabilité du développement gazier. « Aucun opérateur n’avait osé ».
“Qu’avez-vous fait pour le Cameroun ?”
Face à Perenco, plusieurs voix se lèvent. La plus ferme est celle de Nathalie Moudiki, qui préside la séance au nom de l’ADG de la SNH. Selon plusieurs sources présentes, la présidente de séance a pointé l’absence d’engagements sociaux tangibles de la compagnie dans les communautés riveraines. La responsable interpellé frontalement le représentant de Perenco Cameroun sur son manque d'initiatives en matière de responsabilité sociale, estimant qu’un acteur aussi central du gaz camerounais devait assumer une présence plus visible sur le terrain. «La relance de l’ACG inclut désormais une dimension RSE forte, perçue comme indispensable pour sécuriser l’environnement opérationnel du secteur », explique un administrateur au sortir de la rencontre. « La relance de l’association est un nouvel élan pour ceux qui veulent venir investir dans le secteur gazier et dans la RSE et non prendre les richesses et partir je dis non », assène un autre membre au cours de la réunion avant de marteler : « Qu’avez-vous fait pour le Cameroun ? » s’exprimant en direction du responsable de Perenco.
Addax Petroleum en embuscade… et vainqueur
Perenco a contesté la pertinence de ces reproches et dénoncé un critère « subjectif », rappelant que la RSE ne devait pas devenir un obstacle politique à l’investissement. Cependant, l’entreprise n’a pas réussi à renverser la tendance. Au fil des échanges, Addax Petroleum Cameroon Company (APCC), qui briguait le même poste, a progressivement gagné du terrain. Bien qu’elle n’exploite aucun champ gazier dans le pays, la filiale du chinois Sinopec a assuré qu’elle investirait dans la RSE et développerait des projets communautaires structurants. Cette promesse, jugée crédible, a séduit un large bloc d’acteurs publics : SNH, CSPH, SCDP, Sonara et Tradex ont voté en sa faveur, refermant ainsi définitivement la porte à Perenco.
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La défaite de la compagnie franco-britannique est d’autant plus symbolique qu’elle est membre fondatrice de l’ACG et qu’elle occupait déjà cette vice-présidence lors des précédents bureaux. En guise d’apaisement, l’assemblée lui a proposé le poste de trésorier, immédiatement décliné par son représentant.
Un enjeu national pour le Cameroun
Pour le Cameroun devenu exportateur de GNL en 2018, la relance de l’ACG peut contribuer à attirer de nouveaux investissements, à accroître les recettes fiscales, et à rendre le pays plus attractif dans le cercle encore restreint des pays exportateurs de gaz naturel en Afrique centrale. Pour les entreprises, ce renouveau vise à clarifier les obligations, partager les bonnes pratiques et favoriser les synergies entre amont et aval. Pour les ménages et l’industrie locale, cela pourrait renforcer l’accès à une énergie plus propre, notamment via la substitution de combustibles fossiles plus polluants, et bénéficier de retombées en matière d’emploi, d’infrastructures et d’industrialisation locale.
Sur le plan des ressources, les réserves prouvées de gaz du Cameroun sont estimées à environ 157 milliards de m³, selon la SNH. Le champ Sanaga Sud, via l’usine flottante Hilli Episeyo, constitue un actif central pour l’export et la valorisation. Dans le contexte mondial, avec la pression croissante pour réduire les émissions de carbone et diversifier les sources d’énergie, le gaz naturel est perçu comme une « énergie de transition », et les États cherchent à en faire un levier de compétitivité et de souveraineté énergétique. Le redémarrage de l’ACG intervient à un moment où de nombreux pays intensifient leurs investissements dans le gaz pour sécuriser l’approvisionnement et préparer leur transition énergétique.
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