Politiques Publiques

De nouvelles missions pour l’APME

Trois ans après son entrée en activité, l’Agence de promotion des PME voit son champ d’intervention élargi à l’examen des dossiers des PME qui veulent bénéficier de la Charte des Investissements et de la loi fixant les incitations à l’investissement privé.

En plus de ses missions de départ qui consistaient notamment en la facilitation des formalités de création d’entreprise, à l’assistance et conseil aux porteurs d’idées et projets, au renforcement des compétences, à la mise en place d’une banque des données et de projet, à la promotion de l’innovation technologique, à la mise en place d’un observatoire des PME au compagnonnage (partenariat avec les grandes entreprises), etc., l’Agence de promotion des petites et moyennes entreprises (APME) voit son champ d’intervention élargi.

Depuis le 25 octobre 2018 et la promulgation du décret portant réorganisation de l’APME, la structure s’occupera également pour les PME locales, d’une part, « les services publics auxquels ont droit les entreprises qui sollicitent ou ont obtenu le bénéfice d’un des régimes de la Charte des Investissements et de la loi fixant les incitations à l’investissement privé en République du Cameroun ».

Ainsi, l’APME va  désormais recevoir les dossiers de demande d’agrément à l’un des régimes prévus par la Charte des Investissements ; d’instruire les dossiers reçus et les transmettre au Ministre chargé des finances pour avis; obtenir les visas nécessaires à l’exécution des programmes d’investissement proposés par l’entreprise pour la période de validité de l’acte d’agrément ; obtenir les visas nécessaires pour le personnel étranger pendant la durée de validité de l’acte d’agrément ; assister les entreprises agréées dans les démarches nécessaires à l’exécution des programmes d’investissement, y compris l’accès aux installations publiques y afférentes ; établir, en liaison avec les services techniques compétents, des procédures administratives simplifiées par type d’activité.

Depuis la mise en œuvre effective de la loi de 2013 fixant les incitations à l’investissement privé en République du Cameroun, 164 conventions ont été signées entre le gouvernement et le secteur privé pour un montant de plus de 3600 milliards de FCFA et une estimation d’environ 60 000 emplois crée. L’APME y jouera dorénavant un rôle central au profit des PME.

Les PME toujours marginalisées dans l’octroi des crédits

Création d’une banque des PME, promotion du crédit-bail et de l’affacturage, des organismes de placement collectif en valeur mobilière, Agence de promotion des PME, les Centres de formalités de création d’entreprise, Centres de gestion agréés, baisse de 1 000 000 à 100 000 FCFA le montant minimum du capital social des Sociétés à responsabilité limitée (Sarl) ; autant d’initiatives qui montrent la place centrale qu’occupe la question du financement des PME dans l’agenda du gouvernement depuis des années.

En effet, les PME constituent un maillon essentiel du tissu économique national. Selon les résultats préliminaires du deuxième recensement général des entreprises réalisé par l’Institut national de la statistique en 2016, la géographie de l’écosystème économique national est composé de très petites entreprises (TPE, 75%) ; de petites entreprises (PE, 19%) ; de moyennes entreprises (ME, 5,2%) et de grandes entreprises (GE, 0,8%). D’après les analystes, le secteur des PME (99% des entreprises, 35% du PIB) contribue énormément à la croissance économique du Cameroun et assure 70% de la création des emplois. L’essor économique du pays est donc lié à la santé des PME, dominées par les micro-entreprises (79,1%) et essentiellement constitué d’entreprises individuelles (97% en 2016 contre 89% en 2009). Mais encore faudrait-il que le secteur vienne à bout de sa bête noire : l’accès au financement.

En effet pour leur développement, les PME ont besoin de financement pour leurs investissements (machines, sites de productions, etc.); de fonds de roulement (stocks, facteurs de production, charges courantes d’exploitation, etc.) ou d’une combinaison en investissement et en fonds de roulement. Or, l’analyse de la répartition des crédits par le secteur bancaire montre une prédominance des crédits aux entreprises privées (majorité en volume pour GE), ne laissant qu’une portion congrue aux entreprises individuelles assimilables aux PME (TPE, PE, ME).

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En cause, une organisation du secteur caractérisée par des structures fortement personnalisées, l’insuffisance d’une culture du respect des engagements, le lancement des activités par simple imitation, la mauvaise tenue de comptabilité, les lacunes dans la gestion financière, une connaissance insuffisante du marché, un environnement réglementaire inapproprié (très peu contraignant envers les débiteurs), un accompagnement de l’Etat à développer, une faible structuration des filières de l’économie, l’absence ou l’insuffisance de sûretés, une fiscalité pas très adaptée.

Répartition des crédits par type de clientèle

Libellés 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Administration Publique Centrale 0,16 18,72 18,8 9,8 60,8 36,0
Administration Publique Locale 2,09 20,4 15,1 9,9 6,8 1,5
Organismes Publics 0,42 0,89 0,7 0,5 28,6 17,7
Administrations Privées 30,39 17,4 27,3 50,7 23,5 24,8
Entreprises Publiques 120,96 113,01 21,5 140,9 214,3 208,7
Entreprises Privées 1270,32 1241,63 1484,3 1626 2077,1 2263,8
Sociétés d’Assurance et de Capital 22,64 39,75 54,9 58,2 7,8 4,1
Entreprises individuelles 89,26 129,25 13,8 200,7 97,9 119,8
Particuliers 262,41 309,78 340,6 379,8 426,4 47,7
Divers 12,42 13,3 20,7 16,8 46,8 7,0
Total 1811,07 1904,1 2315,3 2581,5 2990 31611

Source : BEAC

Actuellement au Cameroun, il n’existe pas un dispositif public ou privé de financement de la création des entreprises impliquant  la mise en place des crédits de longues durées en faveur des PME. Dès lors, beaucoup de PME ayant un réel besoin de financement pour le démarrage de leurs activités, n’en trouvent pas. Leur bilan d’ouverture est alors fortement déséquilibré à cause de la faiblesse des capitaux propres. Ce déficit initial des capitaux permanents, s’il n’entraîne pas rapidement la faillite de la PME, aura des conséquences négatives le long de la vie de l’entreprise. Ainsi par la suite, les tensions financières seront aggravées  au niveau du cycle d’exploitation avec notamment des délais de recouvrement très longs imposés par les créanciers et complètement en inadéquation avec la structure financière d’une petite entreprise.

L’union fera la force des PME

Insuffisance du financement, du capital humain, des infrastructures, des débouchés, et cadre réglementaire (fiscalité) difficile : l’environnement économique induit une faible productivité et une surmortalité des PME au Cameroun. Une situation aggravée par la tendance des entrepreneurs à faire cavalier seul dans leurs différents secteurs. Le président de la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’artisanat du Cameroun (Ccima), Christophe Eken, reconnait que « notre tissu d’entreprises souffre d’une part d’un manque de culture collaborative au sein du secteur privé et d’autre part, le partenariat public/privé, au niveau décentralisé, reste faible.»  Un désastre pour l’économie nationale quand on sait que les PME représentent 35% du PIB et assurent 70% de la création des emplois.

Or, «L’union fait la force», dit un vieil adage. Pour les experts, le regroupement apparait comme la bouée de sauvetage ou à tout le moins le ferment d’un développement rapide et durable des PME au Cameroun. Au ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Economie Social et de l’Artisanat (Minpmeesa), l’on préconise la stratégie des clusters. C’est  «un moyen pour les entreprises moins compétitives de se préparer pour faire leur entrée dans le marché international», explique le ministre Laurent Serge Etoundi Ngoa, deux filières se sont déjà lancées dans ce système relationnel au Cameroun. Il s’agit du génie mécanique et du poivre de Penja. Un troisième est en chantier dans la filière bois et sera localisé à Bertoua dans la Région de l’Est.

Les analystes semblent satisfaits des résultats des clusters-pilotes. Le cluster IG Poivre Penja a démarré sa dynamique de structuration en 2010 avec le Projet d’Appui à la mise en Place des Indications Géographiques (Pampig), mis en œuvre par l’Organisation de la propriété intellectuelle et financé par l’Agence française de développement. Le Cluster couvre les communes de Njombé-Penja, Mbanga, Tombel, Mombo, Manjo, Loum. Il est porté par une association interprofessionnelle comprenant les différentes catégories d’opérateurs qui interviennent dans la filière, notamment les pépiniéristes, les producteurs, les distributeurs/transformateurs.

La dynamique du cluster favorise des synergies de coopération avec les principaux du système de production de la filière de production locale : les institutions de recherche (IRAD et Carbap), les Institution de financement (Mupeci, AFriland First Bank), les fournisseurs d’intrants (Yarra), les structures d’appui et de formation (Cimar/AGRO-PME), les Collectivités locales, etc. Cette synergie a favorisé l’attribution d’une indication géographique protégée. Résultat, la production est passée de moins de 150 tonnes avant la certification à 350 tonnes en 2016. Le prix a aussi grimpé passant de 2489 FCFA/kg avant septembre 2013, il est passé à 7860 F/kg en 2014 et à 13951 F/kg en 2015/2016.

 

 

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