Le Conseil des ministres du 30 avril 2026, tenu sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, a examiné un projet de décret marquant une inflexion dans les codes vestimentaires de l’administration publique. Ce texte, portant « instauration du port de la tenue africaine dans l’administration publique », prévoit de rendre obligatoire le port de tenues locales chaque vendredi.
Selon le document consulté par EcoMatin, le gouvernement définit les standards vestimentaires autorisés pour cette journée dédiée à la valorisation de l’identité culturelle. Pour les agents de sexe masculin, sont notamment prévus : « le pantalon et la chemise en pagne, portés sans cravate avec des chaussures fermées ; le deux-pièces taillé dans un même tissu africain ; l’ensemble en pagne, raphia ou wax à manches longues ; le boubou long ; ou encore le boubou avec pagne ». Les agentes de sexe féminin disposent également d’un vestiaire spécifique mettant en avant le savoir-faire local, incluant « la grande robe brodée ; le pagne et corsage d’apparat ; ainsi que le foulard africain ».
Toutefois, cette mesure ne s’appliquera pas à l’ensemble des agents publics. Le texte précise que ces dispositions « ne concernent ni les forces de défense et de sécurité, ni les agents des corps de l’État dont la tenue est réglementée par des textes spécifiques », préservant ainsi les exigences propres aux corps en uniforme. Le contrôle de l’application de la mesure sera assuré par la hiérarchie administrative, notamment les chefs de service, directeurs et directeurs généraux.
Un levier économique pour le textile local
Si le projet de décret ne détaille pas explicitement ses motivations, il semble répondre à un double objectif. Sur le plan identitaire, il s’agit de promouvoir la culture nationale et de valoriser le « Made in Gabon ». Sur le plan économique, la mesure pourrait créer une demande structurelle pour les produits textiles locaux, en particulier le pagne, le wax ou le raphia, en mobilisant des milliers de fonctionnaires.
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Dans un contexte de fragilité du secteur artisanal, cette initiative pourrait offrir des débouchés réguliers aux couturiers, tailleurs et commerçants. Une enquête publiée le 2 mars 2026 par le média public Gabon 24 met en lumière cette précarité, indiquant que de nombreux artisans dépendent essentiellement du tourisme et des événements ponctuels. « Quand il n’y a pas de visiteurs, on survit. On puise dans les économies, ou on accepte des petits travaux à côté », confie une artisane spécialisée dans la vannerie.
Une filière industrielle affaiblie
Cette ambition des autorités intervient toutefois dans un contexte marqué par des contraintes structurelles. Dans une note de conjoncture publiée en juin 2025, la Banque mondiale souligne notamment une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, indiquant que seuls 2 % des effectifs des centres publics de formation professionnelle sont spécialisés dans le textile et l’habillement.
Au-delà de la question des compétences, se pose celle de la souveraineté industrielle. La fermeture de la Société Textile du Gabon (Sotega), ancien fleuron créé en 1968 et spécialisé dans l’impression de tissus, illustre le déclin de la production locale. À son apogée, l’usine produisait plus de 6,4 millions de mètres de tissu par an. Aujourd’hui, cette capacité industrielle a disparu, faisant craindre que la demande générée par la réforme ne profite davantage aux importations qu’à une relance effective de la production nationale.
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