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Produits pétroliers : le conflit israélo-iranien ravive les craintes de pénurie en CEMAC

Alors que les tensions au Moyen-Orient font grimper les cours du pétrole, les pays de la CEMAC, ultra-dépendants des importations, redoutent une flambée de leur facture énergétique.

Publiée lundi 23 juin 2025 à 18:39:02Modifiée lundi 23 juin 2025 à 18:39:05Temps de lecture 5 minPar Albert AMOUGOU

Du carburant à la pompe
Du carburant à la pompe

La Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC), déjà fragilisée par les répercussions de la guerre russo-ukrainienne depuis 2022, se retrouve face à une nouvelle menace sur son approvisionnement en produits pétroliers. L'escalade des tensions entre Israël et l'Iran, et notamment la menace de fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du commerce mondial d'hydrocarbures, fait craindre une pénurie à la pompe. En effet, les responsables iraniens ont menacé dimanche dernier, de restreindre le passage des navires de ravitaillement provenant du Qatar, des Emirats Arabes Unis, du Koweït et du Bahreïn vers l'Europe, principale source d’approvisionnement de carburant des pays de la Cemac. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le blocus de cette voie maritime cruciale, entraînerait une flambée des prix mondiaux du pétrole, impactant directement les coûts d'importation. « Bien que des voies terrestres alternatives existent (telles que l'oléoduc Est-Ouest de l'Arabie saoudite vers la mer Rouge et un oléoduc émirati), leur capacité ne représente qu'à peine un quart du volume quotidien typique transitant par Ormuz. », a souligné l’AIE.

Lire aussi : Pétrole : Malabo dépasse son quota et se repositionne au sein de l’OPEP

Suite à ces développements, les prix du pétrole brut ont flambé sur le marché ce lundi. D’après l’AFP, le baril de Brent de la mer du Nord a gagné 1,55 % pour atteindre 78,21 dollars, après un pic de 5,7 % à 81,40 dollars en début d'échanges, son plus haut niveau depuis fin janvier. De même, le baril de WTI américain grimpait de 1,63 % à 75,04 dollars, après avoir atteint 78,40 dollars quelques heures auparavant, un sommet depuis cinq mois. Malgré cette envolée, l'expert camerounais Bareja Youmssi reste optimiste : « Je crois que tous les risques étaient sur la table et que les plans d'atténuation étaient préparés. Je ne m'attends pas à un tsunami dans les prix du pétrole. » Néanmoins, la réalité d'une dépendance quasi totale aux importations de carburant pour les six pays de la CEMAC, dépourvus de raffinerie, laisse planer un doute persistant.

Une vulnérabilité structurelle accentuée par l’absence de raffineries

La vulnérabilité de la CEMAC découle principalement de son incapacité à raffiner son propre pétrole brut. Bien que la région soit un producteur et exportateur d'or noir, elle est contrainte d'importer la quasi-totalité de ses produits pétroliers raffinés. En cas de fermeture du détroit d'Ormuz, cette situation, si elle se prolonge, mettrait à rude épreuve les finances des États de la CEMAC. Ceux-ci seraient alors contraints de maintenir des subventions coûteuses sur les importations de carburant pour contenir les prix à la pompe et éviter un mécontentement social. Pour le Cameroun par exemple, le Fonds Monétaire International (FMI) estime, dans son récent rapport, que si les cours pétroliers augmentent d'un écart-type à l’international, les subventions pourraient atteindre environ 1,4 % du PIB en 2025. Ce chiffre illustre une potentielle pression budgétaire pour ce pays qui prévoit de réduire de 94,3% la subvention publique sur le carburant, la faisant passer de 263 milliards Fcfa en 2024 à 15 milliards Fcfa.

Lire aussi : S&P craint un effondrement du prix du pétrole en cas de hausse de production de l’OPEP

Au-delà des augmentations de prix et des pénuries potentielles, la hausse des subventions aux carburants pèserait lourdement sur les budgets nationaux, réduisant ainsi les marges de manœuvre pour d'autres investissements essentiels. Le FMI a d'ailleurs conseillé au Cameroun d'utiliser les prix de marché du pétrole à des fins fiscales et d'introduire un mécanisme d'ajustement automatique des prix à moyen terme pour découpler les décisions économiques du cycle politique. De plus, les difficultés d'approvisionnement logistiques s'ajouteraient à la pression, rendant l'acheminement des produits raffinés encore plus complexe et coûteux. Globalement, les pays de la CEMAC consacrent chaque année environ 2 000 milliards de Fcfa à l'importation de carburant, un montant qui pourrait grimper en flèche avec l’intensification de la guerre israélo-iranienne.

Des alternatives régionales encore embryonnaires

La dépendance aux importations de produits raffinés n'est pas nouvelle pour la CEMAC. Au Cameroun, par exemple, l'incendie qui a ravagé une partie des installations de la Société Nationale de Raffinage (Sonara) en 2019 a accentué cette dépendance, contraignant le pays à des appels d'offres trimestriels auprès de traders internationaux. Cependant, l'entrée en service de la Dangote Oil Refinery au Nigeria en mai 2023 représente une lueur d'espoir. Cette méga-raffinerie pourrait redistribuer les cartes dans le secteur pétrolier africain, offrant une alternative pour le traitement du pétrole brut camerounais et l'importation de produits raffinés, ce qui permettrait au Cameroun de s'affranchir du « dictat des importations européennes », surtout en période de crise. On se souvient en outre que des discussions sont en cours pour le traitement du gaz naturel camerounais en Guinée Équatoriale, suggérant une volonté de diversification des sources d'approvisionnement et de raffinage au niveau régional. La région doit impérativement accélérer ces initiatives pour renforcer sa résilience face aux chocs géopolitiques imprévus.

Lire aussi : Cameroun : L'Émirati RCC retenu pour construire un dépôt de carburant à Kribi pour 114 milliards de FCFA

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