Le budget 2027 ne sera pas un budget comme les autres. Dans une lettre de cadrage adressée au Premier ministre et à son gouvernement, le président Mahamat Idriss Déby exige une rupture avec les pratiques habituelles de reconduction des dépenses : le budget 2027 devra devenir un véritable levier de transformation économique. « Le budget 2027 devra être le budget de l'exécution, de la croissance, de l'intégration, de la solidarité, de la sécurité et des résultats », écrit-il, tout en fixant un objectif de croissance de 7,3 % porté par « la production et la transformation nationales ».
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Pour atteindre cette cible, chaque ministère devra aligner ses propositions budgétaires sur le programme présidentiel, le Plan national de développement Tchad Connexion 2030, ainsi que sur les douze chantiers et les cent actions de la feuille de route gouvernementale. Les projets devront être sélectionnés selon leur maturité, leur impact économique et social ainsi que leur capacité réelle d'exécution. L'objectif affiché est clair : faire de « chaque franc public un levier de progrès » et de « chaque réforme un résultat visible pour la Nation ».
L'investissement privé au cœur de la stratégie
Au-delà des arbitrages budgétaires, la lettre trace une véritable stratégie économique, centrée sur l'investissement privé. Le gouvernement veut accélérer les réformes susceptibles d'améliorer le climat des affaires, en simplifiant les procédures administratives, en généralisant les services publics numériques, mais aussi en ouvrant progressivement certains secteurs à la concurrence.
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Le secteur de l'électricité illustre cette nouvelle orientation. Le document prévoit d'autoriser progressivement les opérateurs privés à produire, gérer et distribuer l'électricité dans les principales villes du pays, dans « un cadre régulé, concurrentiel et contractuellement sécurisé ». En parallèle, l'État veut accélérer la digitalisation de ses services : paiements et factures électroniques, e-Visa, création d'entreprise en ligne, interconnexion des administrations.
La même logique s'applique aux secteurs productifs. Agriculture, élevage, mines, industrie, BTP, tourisme, services financiers, numérique, eau et énergie sont identifiés comme les principaux moteurs de la croissance de 2027. Les ministères devront démontrer que chaque investissement contribue directement à l'emploi, à la création de valeur ou à la transformation locale des ressources.
Transformer davantage, exporter moins de matières brutes
L'autre fil conducteur de cette feuille de route est la transformation locale. Le gouvernement confirme notamment son intention d'interdire, à partir du 1er janvier 2028, les exportations de bétail sur pied afin de favoriser le développement d'une véritable industrie nationale de la viande. Les ministères concernés sont invités à accélérer la réalisation d'abattoirs modernes, de chaînes du froid et des infrastructures logistiques nécessaires pour exporter davantage de produits transformés plutôt que des animaux vivants.
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La stratégie s'étend aussi au secteur minier, où l'exécutif veut intensifier la prospection géologique pour attirer davantage d'investisseurs, et au tourisme, avec une exemption de visa pour les détenteurs de passeports africains, annoncée dès janvier 2027. L'ensemble de ces réformes s'inscrit dans une même logique : diversifier les moteurs de la croissance tout en réduisant la dépendance du pays aux seules recettes pétrolières.
La lettre présidentielle dépasse ainsi largement le cadre d'une simple préparation budgétaire : chaque crédit devra désormais être jugé à ses résultats économiques et sociaux. Reste à savoir si le projet de loi de finances 2027 tiendra cette promesse.
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