Royal Air Maroc (RAM) a annoncé le 25 mai 2026, la suspension temporaire de l'ensemble de ses liaisons long-courriers et moyen-courriers à destination de 12 pays, dont les six de la zone CEMAC(Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale), invoquant une explosion des coûts d'exploitation. « La hausse brutale et continue des cours mondiaux du kérosène, directement alimentée par l'escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, associée à un fléchissement de la demande de transport sur nos lignes européennes et africaines, nous contraint à un ajustement drastique et immédiat de notre plan de vol international », indique le communiqué du transporteur marocain.
En effet, cette décision se traduit parl'interruption immédiate des dessertes stratégiques au départ de Casablancavers les plateformes de Douala, Yaoundé (Cameroun), Libreville (Gabon),Brazzaville (Congo) et Bangui (RCA).
Outre le marché d'Afrique centrale, la RAM gèle ses liaisons transcontinentales vers Kinshasa (RDC) ainsi que plusieursroutes moyen-courriers vers l'Europe, notamment au départ des pôlestouristiques nationaux comme Marrakech — affectant les lignes vers Marseille,Lyon et Bordeaux — et Tanger à destination du marché espagnol. La directiongénérale du pavillon chérifien précise que cette réduction de voilure revêt uncaractère « provisoire » et que la reprise progressive des fréquencess'effectuera « dès que les conditions d'équilibre économique et opérationnelsur le marché des hydrocarbures aéronautiques seront rétablies ».
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Cette décision coupe net l'un desprincipaux canaux de connectivité de la sous-région, privant le marché de laCEMAC d’un apport de 22 à 26 vols hebdomadaires et d'une capacité de transportestimée à plus de 350 000 passagers par an. La paralysie du réseau de la RAMintervient dans une conjoncture où les micro-compagnies nationales d’Afriquecentrale s'avèrent structurellement incapables de capter ou de suppléer cetrafic. Alors que le transporteur gabonais Afrijet, adossé à la nouvelle entitéFly Gabon, parvient à maintenir son équilibre sur le segment régional, lespavillons publics traditionnels s’enfoncent dans l'atonie.
La compagniecamerounaise Camair-Co et le transporteur congolais ECAir (Equatorial CongoAirlines) piétinent sous le poids de contraintes financières et de flotteslimitées, n'opérant aucune route intercontinentale ni de connexion vers le hubmarocain. Face à ce vide logistique, les données de trafic en temps réel deFlightAware indiquent que le flux de voyageurs devra se rabattre vers lesalternatives globales de contournement, au premier rang desquelles figureEthiopian Airlines via son hub d’Addis-Abeba, ou ASKY Airlines et RwandAir pourles liaisons transversales africaines.
Pour les économies de la zone CEMAC, le retrait de la RAM, membre de l'alliance globale Oneworld, met en lumière la dépendance critique des capitales régionales aux opérateurs d'Afrique du Nordet de l'Est pour leur désenclavement. Depuis une décennie, la compagnie marocaine s'était imposée comme l'alternative face aux majors européennes, en captant plus de 40% de son trafic régional sous forme de passagers en continuation vers l'Europe et l'Amérique du Nord via l'aéroport Mohammed V de Casablanca. L'immobilisation de ses flottes de Boeing 737-800 et 737 MAX 8 sur les tarmacs de la sous-région pourrait perturber non seulement le trafic d’affaires et de la diaspora, mais également le segment du fret aérien (cargo léger et produits pharmaceutiques), ouvrant une période de forte volatilité tarifaire pour les billets d’avion résiduels en Afrique centrale.
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