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Conjoncture

Afrique du Sud : plus de 160 000 étrangers ont quitté le pays depuis le début de la campagne anti-migrants

Peu après l'échéance du 30 juin, fixée par le mouvement anti-migrant en Afrique du Sud, aux sans-papiers pour quitter le pays, une première évaluation basée sur des déclarations de divers pays, dont le Nigeria et le Ghana, fait état de plus de 160 000 étrangers évacués.

Publiée mercredi 22 juillet 2026 à 11:28:15Modifiée mercredi 22 juillet 2026 à 11:28:17Temps de lecture 4 minPar EcoMatin

Des manifestants du mouvement March and March brandissent des pancartes réclamant l'expulsion des immigrés sans papiers lors d'une manifestation organisée à Soweto le 18 juillet 2026, à l'occasion de la Journée Mandela. © AFP

(AFP) Plus de 160 000 étrangers ont quitté l'Afrique du Sud depuis fin mai à la suite d'une vague de manifestations contre les sans-papiers qui s'est accompagnée de violences parfois meurtrières, d'après des données communiquées par différents pays et compilées par l'AFP.

Quatre étrangers sont morts en lien avec des violences xénophobes, selon les autorités sudafricaines. Il s'agit d'un Ethiopien, d'un Malawite et de deux Mozambicains. Les décès fin mai à Mossel Bay (sud) de ces deux Mozambicains et l'échéance du 30 juin, fixée par une mosaïque de groupuscules aux sans-papiers pour quitter le pays, ont déclenché un exil massif et inédit.

Si les gouvernements du Ghana et du Nigeria ont été les plus véhéments, les ressortissants des pays de la région d'Afrique australe sont de loin les plus nombreux à avoir fui l'Afrique du Sud. Quelque 108 360 Zimbabwéens ont effectué leur retour au pays depuis juin, d'après Harare qui communique des données chaque mardi, dont plus de 33 800 ramenés au pays par des moyens gouvernementaux.

Lire aussi : Xénophobie : Le Congo rapatrie plus de 150 ressortissants en détresse en Afrique du Sud

Le Malawi avait annoncé la veille avoir rapatrié plus de 46 890 de ses citoyens depuis l'Afrique du Sud au moyen notamment de 699 cars. Le troisième plus gros contingent est constitué de Mozambicains. Pretoria, dont les chiffres communiqués sont d'ordinaire inférieurs à ceux partagés par les pays effectuant les rapatriements, a dit en avoir raccompagné près de 2 000 à la frontière. Maputo n'a pas rendu public le nombre de ses citoyens de retour sur le territoire.

Le Nigeria a affirmé que deux de ses ressortissants avaient également été tués lors des "manifestations xénophobes et attaques contre les migrants". Le Ghana a lui déclaré qu'un de ses citoyens était décédé dans un township du Cap lors de "manifestations anti-migrants". Les autorités sud-africaines ont rejeté ces deux allégations, mettant en garde contre la désinformation diffusée en ligne.

Climat de peur

Le Nigeria et le Ghana ont tous deux mis en place des plans visant à rapatrier respectivement 1 490 et 926 de leurs ressortissants. Plusieurs centaines de personnes d'Ouganda, du Lesotho, du Kenya et de République démocratique du Congo sont également rentrés dans leur pays. En 2008, une flambée xénophobe ayant coûté la vie à 62 personnes avait déjà créé des mouvements de population, mais moindre que celui de ces dernières semaines.

« Le Mozambique avait affirmé que 20 000 personnes avaient quitté le pays en raison de violences xénophobes. Le Zimbabwe et le Lesotho n'avaient pas communiqué de chiffres, mais ce type de déplacement massif avait eu lieu », explique Loren Landau, spécialiste des migrations à l'université du Witwatersrand. « Cette fois-ci, le phénomène est encore plus important, ajoute-t-il, car les étrangers ont eu le temps de se préparer à partir au cours des derniers mois. »

Lire aussi : Cryptomonnaie : Afrique du sud comme base arrière de la monnaie virtuelle des Ambazoniens

 Avant que le groupuscule March and March à l'origine des manifestations de ces derniers mois monte en puissance, le groupe anti-migrants Opération Dudula organisait déjà des actions pour empêcher les étrangers d'accéder à des centres de soin ou à des écoles. « Depuis quelque temps déjà, des habitants menaçaient les étrangers en leur disant que ces organisations allaient venir les chercher, créant ainsi un climat de peur », estime Loren Landau.

Les groupuscules anti-migrants accusent simultanément les étrangers d'alimenter la criminalité assaillant le pays -- 60 meurtres par jour en moyenne-- et de voler les emplois des Sud-Africains, accablés par un chômage qui atteint 32%.

Lire aussi : Huit nouveaux migrants expulsés des Etats-Unis vers la Guinée équatoriale

© Agence France Presse

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