Au Cameroun, le Comité interministériel d’évaluation des programmes (CIEP) pour la période 2023-2025, tenu du 26 mai au 9 juin 2025 à Yaoundé, a recommandé au ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minépat) d’« accélérer le recensement général de la population » sur la période 2026-2028. Institué par décret présidentiel en 2015 par le chef de l’État Paul Biya, le recensement reste à ce jour sans mise en œuvre effective malgré de nombreuses annonces. La nouvelle échéance annoncée par le gouvernement alimente les doutes, surtout à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, qui mobilisera d’importantes ressources financières, matérielles et humaines. Pourtant, dans sa circulaire budgétaire du 23 octobre 2024, le président avait réaffirmé l’urgence de réaliser à la fois le Recensement général de la population et de l’habitat et le Recensement général de l’agriculture et de l’élevage cette année.
Des contraintes à lever
Notons que c’est le 15 septembre 2015 que le président de la République a institué le recensement général de la population et de la l’habitat. Le décret présidentiel prévoit que les fonds proviendront des dotations du budget de l'Etat, des financements extérieurs, des dons et legs et qu’ils seront déposés dans des comptes spécialement ouverts à cet effet. Toutefois, 10 ans plus tard, le montant nécessaire à la réalisation de ce projet gouvernement n’a pas encore été réuni. La raison, au cours d’un Conseil de Cabinet présidé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute le 28 mars 2024, Alamine Ousmane Mey, le ministre de l’Economie indiquait que le pays a déjà mobilisé 42 milliards de Fcfa sur un budget prévisionnel de 64 milliards de Fcfa, soit un gap de 22 milliards de Fcfa à combler.
En septembre 2023, le Bureau central des recensements et des études de population (Bucrep) à qui le recensement avait été confié, annonçait un recrutement de plus de 30 000 agents recenseurs. Six mois plus tôt, André Mbairano Dji, le coordonnateur du 4e Rgph projetait entre novembre-décembre de la même année, le début des opérations. Mais au-delà de l’aspect financier, les contraintes sécuritaires restent également un défi majeur à relever dans la mesure où le recensement implique la descente effective sur le terrain des agents recenseurs parce que c’est au niveau des ménages qu’ils administrent les questionnaires. Pourtant, «quand il y a insécurité, ce n’est pas évident de réaliser sereinement le recensement qui, pour cette année, sera mutualisé », confiait André Mbairano Dji au quotidien gouvernemental Cameroon Tribune.
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Ce retard pourrait compromettre l'atteinte des objectifs de la Stratégie nationale de développement (SND30) qui vise un taux de croissance économique de 8% à 10% en 2030 contre à peine 4% à date ou encore du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah) 2024-2026 qui ambitionne de booster la production dans tous les secteurs d’activités en vue de réduire les importations massives qui contribuent à grever la balance commerciale (- 2004 milliards de Fcfa de déficit commercial en 2023 selon l’INS). Mais en attendant, la population camerounaise est estimée à 30 millions d'habitants.
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Un impératif
Le Cameroun a réalisé son tout premier recensement général de la population et de l’Habitat en 1976 puis en 1987 et 2005. Le recensement semble donc un outil de souveraineté permettant d’avoir une meilleure connaissance de la population, de sa répartition géographique, de ses conditions de vie, ses besoins (eau potable, électricité, éducation, etc.) mais aussi de présenter en les comparant avec les autres pays du monde. Au Tchad, en lançant en avril dernier son troisième recensement, Tahir Hamid Nguilin, le ministre des Finances, du Budget, de l’Économie et de la Coopération internationale, a reconnu que le recensement est un élément clé pour le développement socioéconomique. « Ces données sont cruciales pour une planification territoriale efficace, une gouvernance équitable et un dénombrement exact de la population ; nécessaires à toute élaboration des projets économiques et d’études de faisabilité pour tout type d’investissement et d’investisseurs… Sans données fiables et à jour, il est hasardeux de bâtir un développement durable et inclusif », a précisé l’homme d’État.











