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Cameroun : « lorsque l'industrie minière atteindra le niveau que nous visons, elle dépassera la contribution du secteur pétrolier », Fuh Calistus Gentry (ministre des Mines)

Le gouvernement mise désormais sur l’exploitation des vastes ressources minières du pays pour relancer la croissance. À travers une série de projets ambitieux et la révision du cadre réglementaire, le Cameroun espère transformer ses richesses inexploitées en une source durable de revenus.

Publiée mercredi 9 octobre 2024 à 14:45:00Modifiée mercredi 9 octobre 2024 à 13:49:08Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

Fuh Calistus Gentry, ministre par Intérim des Mines
Fuh Calistus Gentry, ministre par Intérim des Mines

Confronté à l’épuisement des réserves de pétrole et à la volatilité des prix, le Cameroun se tourne vers son secteur minier pour relancer son économie. Le pays, riche en ressources sous-exploitées telles que le fer, la bauxite, l’or et d’autres minerais stratégiques, ambitionne de faire de l’exploitation minière une nouvelle locomotive de croissance. Cette stratégie vise à compenser le déclin progressif de l’industrie pétrolière, qui représentait encore 33 % des exportations et 4 % du PIB en 2023, selon les données officielles.

Lire aussi : Au Cameroun, l’australien Canyon Resources décroche le permis d'exploitation de la bauxite de Minim-Martap

Le ministre camerounais des Mines par Intérim, Fuh Calistus Gentry, a confirmé cette orientation lors de son passage à Paris, au micro de l’AFP. « Lorsque l'industrie minière atteindra le niveau que nous visons, elle dépassera la contribution du secteur pétrolier », a-t-il déclaré. Cette annonce intervient dans un contexte où les recettes pétrolières et gazières du Cameroun ont chuté de 95 milliards de FCFA au premier semestre 2024 par rapport à l’année précédente. Selon les projections de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), la production pétrolière nationale devrait encore baisser en 2024, pour atteindre un peu plus de 3 millions de tonnes, marquant un recul global de 11,4 % en trois ans.

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La tendance n’est pas près de s’inverser. «Ce n’est un secret pour personne que la production de pétrole brut est en baisse depuis quelques années. Les puits se tarissent, d'autres champs pétroliers ne sont pas découverts, et nous sommes à neuf ans de production si aucune nouvelle découverte n'a lieu entre-temps. D’ici 2034, le Cameroun ne sera plus compté parmi les pays producteurs de pétrole », prévient Bareja Youmssi, expert en mines et pétrole, et enseignant-chercheur.

Lire aussi : Affaire Glencore : les premiers suspects sont connus

Face à cette réalité, le gouvernement mise désormais sur le potentiel minier du pays. « Il a fallu du temps, mais nous sommes en train de passer d'un "pays à potentiel" à un "pays minier" », a affirmé le ministre. Le Cameroun prévoit ainsi de lancer douze projets miniers d’ici 2027, dont trois ont déjà démarré à la fin de 2023 et devraient entrer en production en 2025. Parmi ces projets, les mines de fer de Kribi-Lobé et de Bipindi-Grand Zambi, situées dans le sud du pays, sont considérées comme stratégiques. Le projet phare reste celui de Mbalam-Nabeba, à cheval entre le Cameroun et le Congo, avec des réserves prouvées de 887 millions de tonnes de fer. Ce projet prévoit également la construction d’une voie ferrée de 600 kilomètres reliant les mines au port de Kribi, essentiel pour les exportations.

Des projets en cours de négociations

Le Cameroun compte également sur l’exploitation de la bauxite de Minim-Martap, dont l'exploitation devrait démarrer en 2025. Par ailleurs, des négociations sont en cours avec les sociétés minières : Camina S.A, Caminex S.A, et Oriole Cameroon 2 SARL pour exploiter d'autres gisements de fer et d’or dans les régions sud et nord du pays. Ces projets devraient attirer d'importants investissements et générer de nombreux emplois dans des zones souvent délaissées par les grands projets d’infrastructures.

Le pays a adopté un nouveau code minier en 2023, remplaçant celui de 2016, dans le but est « d’accroît à moyenne ou brève échéance la contribution de la mine solide dans le PIB ». Selon le rapport 2021 sur l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, le secteur minier a contribué à hauteur de 0,63% aux revenus du secteur extractif soit 3,73 milliards. Cependant, des voix s’élèvent pour réclamer plus de transparence dans la gestion des ressources extractives. L’ITIE a d'ailleurs suspendu le Cameroun en mars 2023, invoquant « des progrès insuffisants dans l’engagement de la société civile et des restrictions imposées par le gouvernement sur la liberté d’expression et d'association ».

Lire aussi : Le Cameroun enclenche le processus d’évaluation de son potentiel minier

Malgré les ambitions affichées par les autorités camerounaises, certains experts restent sceptiques quant aux retombées rapides de ces projets miniers. « Même si tous les projets annoncés sont lancés, il faudra attendre au moins dix à quinze ans avant de voir des dividendes. On ne peut pas développer son secteur minier en attribuant des titres miniers et en signant des conventions minières avec des aventuriers qui n’ont  pas des capacités techniques», souligne  le chercheur.

Ce dernier met en garde contre le fait que de nombreuses compagnies ayant signé des conventions minières avec l’État manquent de capacités financières. « Il est possible qu'elles spéculent sur nos titres miniers pour lever des fonds, sans que le Cameroun ne voie réellement les bénéfices de cette exploitation. Tant que le Cameroun n’aura pas un processus clair et transparent d’obtention des titres miniers, nous serons à la merci des corrupteurs. La Côte d’Ivoire est aujourd'hui une destination minière à cause du sérieux que les autorités politiques ont mis en place pour développer le secteur. Lors des conférences minières internationales, il est évoqué l’existence d'un "price-list" au Cameroun pour obtenir un titre minier. Avec de telles pratiques, comment espérer que des compagnies sérieuses s'intéressent à notre secteur minier ? », ajoute-t-il.

Le défi pour le Cameroun réside donc dans sa capacité à attirer des investisseurs sérieux et à encadrer l’exploitation de ses ressources, tout en évitant que les projets annoncés ne se transforment en mirages.

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