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Finances publiques : comment le Cameroun prépare l'après-pétrole

Face à l'érosion de la rente pétrolière et à l'envolée du service de la dette, le gouvernement prépare une profonde transformation de son modèle de financement, où l'impôt, les mines et l'industrialisation sont appelés à prendre le relais.

Publiée mercredi 8 juillet 2026 à 16:03:02Modifiée mercredi 8 juillet 2026 à 16:03:03Temps de lecture 9 minPar EcoMatin

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Le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, prononce une allocution lors de la cérémonie de pose de la première pierre du futur siège de la Direction générale des Douanes du Cameroun, à Yaoundé, la capitale du pays, le 9 décembre 2025. (Xinhua/Kepseu) (Photo : Kepseu / Xinhua via AFP).

En attribuant en avril dernier cinq nouveaux blocs d'exploration à l'Américain Murphy Oil et au Britannique Octavia Energy, le Cameroun espère relancer une industrie pétrolière en perte de vitesse. Mais ces nouveaux permis ne produiront pas d'effets avant plusieurs années, alors que les principaux gisements actuellement exploités arrivent à maturité. Devant la Commission des finances et du budget de l'Assemblée nationale, où il présentait début juillet le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, anticipe ainsi une contraction de 24,6 % de l'activité pétrolière dès 2027, prolongeant une baisse déjà engagée. La production est passée de 27,7 millions de barils en 2017 à 19,8 millions en 2025.

Lire aussi : Cameroun : l’américain Murphy Oil rafle 4 blocs pétroliers dans le bassin de Douala/Kribi-Campo

Si le pétrole ne constitue plus le principal moteur de l'économie camerounaise, il demeure essentiel pour les finances publiques. Les hydrocarbures représentent encore près de 20 % des recettes de l'État. Après avoir rapporté 877 milliards de FCFA en 2023, ils ne devraient plus générer qu'environ 580 milliards en 2027. Une baisse qui intervient au moment où les besoins de financement du budget et du service de la dette continuent de croître.

Mobiliser 0,4 point de PIB par an

Pour éviter que le trou budgétaire ne se comble à coups d'emprunts, le gouvernement a décidé de faire passer la pression fiscale de 12,9 % du PIB en 2026 à 14,1 % en 2029, soit un rythme de 0,4 point supplémentaire par an. Pour y parvenir, le ministère des Finances prévoit non pas de relever les principaux taux d'imposition, mais d'exploiter de nouvelles niches fiscales. Devant les députés, Louis Paul Motaze estime que cela pourrait se faire à travers la généralisation de la facturation électronique, la taxation en temps réel dans le secteur brassicole, la téléphonie et les jeux de hasard, la création d'une unité spéciale chargée de suivre les entreprises minières, ainsi que l'instauration d'un nouveau droit de timbre sur l'emprunt digital.

Lire aussi : Cameroun : le gouvernement veut porter la pression fiscale à 14,1 % du PIB d'ici à 2029

Autre gisement de recettes : l'économie informelle. Celle-ci représente près de 40 % du PIB, mais contribue à moins de 5 % des recettes fiscales, selon le ministère des Finances. Pour réduire ce déséquilibre, le gouvernement prévoit d'intensifier les croisements de données entre administrations, de renforcer l'identification des contribuables, de poursuivre la généralisation des retenues à la source et de limiter davantage les paiements en espèces afin d'intégrer progressivement les opérateurs informels dans le système fiscal.

Yaoundé veut également accroître la contribution des ménages. Longtemps limitée à 7 % des recettes fiscales, l'imposition des particuliers a commencé à progresser avec l'instauration, en 2024, de la déclaration récapitulative annuelle. Le taux de déclaration atteint désormais 54,5 %, pour 14,5 milliards de FCFA de recettes mobilisées. Le gouvernement estime toutefois que ce potentiel reste largement sous-exploité et entend poursuivre les efforts de sensibilisation, tout en améliorant les outils numériques de déclaration. Du côté des douanes, le pays mise sur la consolidation de la collecte sur les téléphones et terminaux importés ainsi que sur une refiscalisation progressive de certains produits de grande consommation, en miroir de la politique d'import-substitution.

Lire aussi : Cameroun: l'Etat augmente le budget de son plan d'import-substitution à 1 500 milliards de Fcfa (+9,4%)

Tout, en réalité, repose sur ce premier pilier fiscal. « Le premier substitut aux recettes pétrolières sera la mobilisation des recettes intérieures. Les projets miniers viendront ensuite renforcer cette dynamique, mais ils ne produiront pas d'effets immédiats », confie à Jeune Afrique un haut responsable ayant participé aux travaux préparatoires du DPEB, sous couvert d'anonymat.
Le pari des mines

L'autre pilier de la stratégie gouvernementale repose sur les mines solides. Dans le DPEB, le secteur est appelé à devenir l'un des principaux moteurs de croissance à mesure que le pétrole s'essouffle. Les autorités comptent notamment sur les projets de fer de Mbalam-Nabeba, Kribi-Lobé et Grand Zambi, ainsi que sur la future mine de bauxite de Minim-Martap, pour accroître les exportations, diversifier les recettes publiques et alimenter une nouvelle base industrielle.

Lire aussi : Litige autour du fer de Mbalam-Nabeba : le Congo fait défaut sur un paiement de 150 milliards de Fcfa dû à Sundance

Les ambitions sont considérables. À terme, Mbalam devrait produire jusqu'à 10 millions de tonnes de minerai de fer par an lors de sa première phase. Kribi-Lobé vise 4 millions de tonnes de concentré, tandis que Grand Zambi prévoit une capacité de 2 millions de tonnes. Le projet de bauxite de Minim-Martap affiche, lui, un objectif de 6,4 millions de tonnes par an sur une durée d'exploitation d'une vingtaine d'années. Parallèlement, la Sonamines s'est vu confier plusieurs gisements stratégiques, notamment ceux de Mobilong (diamant), Nkamouna-Lomié (cobalt-nickel-manganèse) et Akonolinga (rutile), avec pour mission d'accélérer leur valorisation.

Mais entre les annonces et les recettes budgétaires, le chemin reste long. Malgré les conventions minières signées ces dernières années et les premières expéditions tests de 600 000 tonnes de minerai de fer depuis Grand Zambi-Bipindi, le Cameroun ne dispose toujours pas d'une grande mine industrielle en production commerciale continue. Les difficultés de financement, la construction des infrastructures ferroviaires et portuaires, les exigences environnementales ainsi que les délais inhérents au développement d'un projet minier repoussent encore les premières retombées fiscales d'ampleur.

La dette, le vrai talon d’Achille

Sur le papier, la dette camerounaise reste soutenable. Selon le DPEB, l'encours devrait se maintenir autour de 44 % du PIB sur l'ensemble de la période 2027-2029, largement en dessous du plafond communautaire de 70 % fixé par la CEMAC. Le problème n'est donc pas tant le niveau de la dette que le rythme auquel il faut la rembourser. Le ministère des Finances le reconnaît d'ailleurs sans détour. Le service de la dette constitue désormais « un véritable problème de financement du budget et de liquidité du Trésor », a résumé Louis Paul Motaze devant les députés, reprenant mot pour mot les conclusions du DPEB. Autrement dit, le Cameroun ne fait pas face à une crise de solvabilité, mais à une tension de trésorerie.

Lire aussi : Dette : le Cameroun négocie un prêt ESG de 15 ans auprès d'un bailleur multilatéral

Après avoir représenté 4,3 % du PIB en 2024, le service de la dette atteindrait 8,5 % du PIB en 2026, avant de redescendre progressivement à 7,2 % en 2027, 6,2 % en 2028, puis 6,1 % en 2029. En valeur absolue, cela représente chaque année plusieurs milliers de milliards de FCFA mobilisés avant même de financer les infrastructures, l'éducation ou la santé. C'est précisément là que se joue l'après-pétrole. Au moment où les recettes tirées des hydrocarbures s'érodent, le Cameroun doit continuer à financer un budget en expansion tout en faisant face à un mur de remboursements.

Le FMI, partenaire indispensable

Un acteur reste pourtant omniprésent dans le DPEB sans être au cœur des annonces : le Fonds monétaire international. Le gouvernement reconnaît lui-même que l'équilibre financier des budgets 2027 à 2029 repose en partie sur les appuis budgétaires attendus d'un nouveau Programme économique et financier avec l'institution de Bretton Woods. Sans cet accord, prévient le document, « la soutenabilité des finances publiques à moyen terme pourrait être compromise ». À l'inverse, un retard dans les négociations compliquerait davantage le financement du budget, au moment où les recettes pétrolières reculent et où le service de la dette atteint des niveaux inédits.

Lire aussi : Produits alimentaires : seuls 6 % du « cadeau fiscal » profitent aux ménages les plus pauvres au Cameroun(FMI)

Le gouvernement identifie d'ailleurs plusieurs autres facteurs susceptibles de fragiliser cette trajectoire. Il cite les retards éventuels dans la mise en œuvre de projets structurants, notamment la restructuration de la Sonara, les réformes liées au barrage de Nachtigal ou encore le Projet intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah). À cela s'ajoutent la situation financière toujours fragile de la Société camerounaise de distribution d'électricité (Socadel), susceptible de nécessiter de nouveaux soutiens publics, les incertitudes sur les cours du pétrole et les dépenses sécuritaires liées aux crises dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l'Extrême-Nord.

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