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Fitch Ratings juge le budget 2026 du Gabon "irréaliste" et met en garde contre un risque de surendettement

Le projet de loi de finances 2026, en forte hausse, repose sur des hypothèses jugées trop optimistes par Fitch Ratings. L’agence américaine estime que le pays pourrait voir sa dette frôler 90 % du PIB et sa note souveraine à nouveau dégradée en l’absence d’un appui du FMI.

Publiée mardi 7 octobre 2025 à 13:28:43Modifiée mardi 7 octobre 2025 à 13:28:45Temps de lecture 7 minPar Vicky BAGAL

FITCH RATINGS PESSIMISTE SUR LE BUDGET 2026 DU GABON

Le 3 octobre, l’agence américaine de notation Fitch Ratings a publié une analyse critique du projet de loi de finances 2026 du Gabon, approuvé le 8 septembre en Conseil des ministres. Selon l’agence, les ambitions budgétaires du gouvernement qui prévoit un budget de 7 233 milliards FCFA, soit une hausse de 72 % par rapport à 2025 pour un déficit estimé à 15 %, apparaissent difficilement soutenables. « Les plans des autorités pour une forte augmentation des dépenses d’investissement nous paraissent irréalistes et seront limités par des contraintes de financement », souligne Fitch Ratings.

En effet, le projet de budget 2026 prévoit un relèvement des dépenses à 3 569 milliards FCFA (+79%), portée par une augmentation de 570 % des dépenses d’investissement et représentant 44 % du PIB annuel. Pour Fitch, le gouvernement gabonais serait incapable de financer ces besoins suivant la conjoncture actuelle des marchés et l’instabilité de sa ressource principale, le pétrole (constituant environ 60 % des recettes fiscales et plus de 80 % des exportations, selon la banque mondiale). De fait, le premier point mis en avant par l’agence est notamment la tendance à la baisse des productions pétrolières (environ 3% selon le PLF).

Lire aussi : Loi de finances 2025 : le Gabon table sur un budget de 4 204,9 milliards de Fcfa

En dépit de ce repli annoncé de la production de pétrole, les autorités gabonaises projettent une hausse de 36 % des recettes pétrolières soutenue par le reversement d’une part nettement plus importante des recettes pétrolières des opérateurs au gouvernement. Si cette ambition s’appuie en partie sur l’acquisition, en 2024, d’Assala Energy, il faut tout de même souligner que ni elle, ni Gabon Oil Company (compagnie pétrolière nationale) n’ont découvert de nouveau puit sur ces 2 dernières années, gage de l’augmentation de la production permettant d’amortir la baisse continue de la valeur du Brent attendue à 65,1 USD/baril l’année prochaine (-9,5% en glissement annuel).

Lire aussi : Hydrocarbures : le Gabon a produit 84 millions de barils de pétrole en 2024 (+3,1%)

Toutefois, le lancement, en juillet dernier, de la campagne d’exploration en eaux profondes et la découverte de plusieurs gisements par les compagnies Perenco et BW Energy (qui ont contribué à 9% et 2,5% des revenus pétroliers de l’Etat gabonais en 2022, ITIE), constitueraient des ouvertures pour le renflouement des recettes ; encore faut-il que les puits découverts entrent en production au courant de l’année prochaine.

De nouveaux emprunts

Autre moyen de financement auquel le pays prévoit d’avoir recours c’est la mobilisation des ressources sur les différents marchés financiers. A ce sujet aussi Fitch émet des réserves soulignant le durcissement de la politique monétaire et les tensions de liquidités sur marché régional des obligations souveraines de la CEMAC, dont le Gabon est encore fortement dépendant. Cette tension est consécutive à une forte demande des économies sur le marché dans un contexte de surexposition des banques auprès des Etats. Avec 66,1% de l’enveloppe des titres publics dans le portefeuille des banques-SVT, le risque souverain est inquiétant et les défauts de paiements des Etats débiteurs fragiliserait le système bancaire sous-régional.

Lire aussi : Marché financier-CEMAC : l’encours des dettes du Gabon grimpe à 700 milliards FCFA

De fait, à la lecture des statistiques du marché, publiées mensuellement par la Banque centrale, on peut remarquer que les Etats parviennent difficilement à lever la totalité des sommes recherchées depuis le début de l’année en cours et que le taux de participation des SVT aux émissions recule progressivement d’un mois à un autre, passant d’une moyenne générale de 30,74 % à fin juillet à 22,68 % à fin aout. « Fitch estime donc que le marché régional ne sera pas en mesure de fournir de nouveaux financements nets significatifs en 2025-2027, bien que les reconductions devraient être prises en compte », exprime l’analyse.

Lire aussi : Avec un rendement record, le Gabon rachète son eurobond de 2015 dans la douleur

Sur le marché extérieur, les émissions gabonaises sont en péril du fait des difficultés de l’Etat à solder ses précédents emprunts. L’on se souvient que le Gabon a réglé sa dette estimée à environ 18 milliards de FCFA (environ 30 millions de dollars) envers la Banque mondiale en mars 2025, après une suspension de financement due à des arriérés. Un peu plus tôt en février, le pays a réalisé une levée de fonds de 520 millions USD (plus de 325 milliards FCFA) sur le marché international de la dette pour racheter, d’une part son eurobond 2015 (315 millions de dollars) ceci avec un rendement record de 12,7%.

Surendettement et rétrogradation de la notation souveraine

Fitch Ratings soutient donc que de nouvelles sorties du pays sur les différents marchés conforteraient les prévisions haussières de la dette. « Les autorités visent à financer environ 60 % du déficit de 2026 au niveau national et 40 % à partir de sources extérieures, ce qui porterait la dette publique à près de 90 % du PIB, contre 73 % à la fin de 2024 », a exprimé l’agence. Un avis partagé par plusieurs institutions notamment Afreximbank qui projette à plus de 100% le ratio dette/PIB du pays d’ici 2029 ; attribuant ses prévisions pessimistes à une série de pressions fiscales croissantes résultant d’une « gouvernance faible » et de « mauvais antécédents de paiement » (arriérés).

Lire aussi : Gabon : la dette publique pourrait dépasser 100 % du PIB d’ici 2029 (Afreximbank)

In fine, Fitch indique que les risques encourus si ce projet est exécuté, sont notamment le péril sur le nouveau programme avec le FMI annoncé pour l’année en cours et une rétrogradation de la notation souveraine du pays, qui est récemment passée de « CCC+ » à « CCC » indiquant un risque de crédit élevé et une vulnérabilité accrue face à des chocs extérieurs. « Nous pensons qu’il est peu probable que le FMI permette des emprunts non concessionnels substantiels pour financer un déficit budgétaire proche de 15 % du PIB […] la note du Gabon pourrait subir une pression à la baisse si le gouvernement n’était pas en mesure d’obtenir un programme de soutien des institutions multilatérales, ce qui entraînerait une augmentation des pressions sur le financement extérieur », conclut l’agence.

Lire aussi : Le Gabon proteste contre le maintien de sa notation souveraine à "CCC" par Fitch Ratings

Cependant il faut noter que le Gabon proteste cette notation et réfute ces prévisions mettant en avant une « une dynamique de stabilisation politique et économique en cours ». Le ministère gabonais de l’Economie, dirigé par Henri Claude Oyima, exprimait d’ailleurs, dans un communiqué publié le 24 juin 2025, l’engagement du nouveau gouvernement à rétablir les équilibres budgétaires – hors investissements – dès 2026 et la perspective d’un réengagement avec les partenaires financiers régionaux et internationaux. A ce propos, le Gabon a signé un accord de financement d’un montant de 3 milliards de dollars avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), le 17 septembre dernier. Ce deal important dont les contours n’ont pas encore été dévoilés à date ambitionne, selon le ministre, d’accélérer les investissements utiles et durables pour matérialiser le projet de société de Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République.

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