L’agence de notation Fitch Ratings a confirmé la note souveraine du Gabon à « CCC- » en devises étrangères et « CC » en monnaie locale, maintenant le pays dans la catégorie des émetteurs les plus risqués du continent. Dans une note publiée le 22 mai, Fitch estime que la situation financière du Gabon reste fragilisée par « d’importants besoins de refinancement, des sources de financement limitées, une forte dépendance aux revenus volatils des hydrocarbures » ainsi que par « des carences persistantes en matière de gestion des finances publiques ».
L’agence évalue le déficit budgétaire du pays à 12,2 % du PIB en 2025, un niveau largement supérieur à la médiane des pays notés dans les catégories comparables. Cette dérive est principalement liée à une forte hausse des dépenses d’investissement, qui ont atteint 11 % du PIB, contre une moyenne de 2,7 % au cours des cinq dernières années. Selon Fitch, une partie de ces dépenses a été financée par une accumulation d’arriérés représentant 4,8 % du PIB. « Les plans des autorités pour une forte augmentation des dépenses d’investissement nous paraissent irréalistes et seront limités par des contraintes de financement », avertissait déjà l’agence en octobre 2025.
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Depuis, Libreville a opéré deux coupes successives, ramenant son budget de 7 333 milliards FCFA en septembre 2025 à 5 495 milliards en mai 2026 soit une baisse de1 838 milliards FCFA en six mois. La dernière révision, présentée au Conseil des ministres du 22 mai, illustre point par point les risques identifiés par l'agence : les dépenses d'investissement s'effondrent de 45,3 %, « essentiellement dues à la déprogrammation de projets en l'absence d'études de faisabilité », selon le gouvernement lui-même. Les recettes budgétaires nettes chutent de 23 % à 2 928 milliards FCFA. La croissance est révisée à 4 % contre 6,5 % initialement prévu et 3,2 % selon les propres projections de Fitch.
Des besoins de refinancement importants
La dette publique a bondi de 72 % du PIB en 2024 à 81,1 % en 2025. Fitch anticipe une nouvelle accélération à 87,6 % en 2027. Le stock d'arriérés reconnus a progressé à 3,8 % du PIB fin 2025, contre 2,1 % un an plus tôt incluant des arriérés envers des créanciers multilatéraux et bilatéraux. Fitch précise ne pas qualifier cette situation de défaut, aucun retard n'étant constaté sur la dette financière commerciale.
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Les besoins de refinancement restent particulièrement élevés. L’agence évalue les amortissements domestiques à 11,6 % du PIB en 2026 puis 15,6 % en 2027, dans un contexte de tensions persistantes sur le marché régional de la Cemac. Pour couvrir ses besoins, Libreville devrait principalement s’appuyer sur des financements extérieurs, dont le prêt pétrolier prépayé de 1 milliard de dollars accordé par Trafigura en avril 2026, ainsi que sur des décaissements attendus de la Banque mondiale et des financements bilatéraux. Malgré ces fragilités, Fitch prévoit une croissance économique relativement soutenue autour de 3,2 % sur la période 2026-2027, portée par les investissements publics et une production pétrolière jugée stable.
Discussions toujours en cours avec le FMI
L’agence américaine de notation indique par ailleurs ne pas anticiper de programme avec le Fonds monétaire international avant fin 2027, malgré la demande officielle formulée par le Gabon en mars 2026. Dans ce cadre, le ministère gabonais des Finances a lancé un audit de la dette publique destiné à améliorer la transparence des engagements de l’État et à faciliter les échanges avec le FMI. Les autorités espèrent finaliser cet audit d’ici fin juillet 2026.
L’agence note également une dégradation de la situation extérieure du pays, qui a contribué à la baisse des réserves de change régionales de la Cemac. Le compte d’opérations du Gabon auprès de la BEAC affichait un solde négatif de 298 millions de dollars fin 2025, une situation qui pourrait conduire la Banque centrale à imposer des mesures correctives.













