Dans son dernier rapport pays 2026 récemment publié, la Banque africaine de développement (BAD) révèle que le « Fonds de réserves pour générations futures » de la Guinée Équatoriale ne détient à ce jour qu'un actif de 95 201 730 dollars américains (soit près de 57 milliards de FCFA). Créé en 2002 à Malabo et géré par l’État, ce fonds affiche un bilan cumulé jugé très insuffisant par l’institution financière, au regard des recettes pétrolières colossales engrangées par ce pays de moins de deux millions d'habitants sur près d'un quart de siècle d'exploitation de l'or noir. Face à ce constat, la BAD tire la sonnette d'alarme. «Ce fonds représente 0,05 % du total des actifs des fonds africains.», indique la BAD.
Ce faible niveau de capitalisation s'explique par des failles structurelles et institutionnelles profondes, selon la BAD. Le premier obstacle réside dans son mécanisme d’approvisionnement : le fonds n'est alimenté qu'à hauteur de 0,5 % par an par la rente pétrolière nationale. Concrètement, pour une hypothèse de 100 milliards de FCFA de recettes d’hydrocarbures générées sur une année, la Guinée Équatoriale ne transfère que 500 millions de FCFA vers son fonds souverain. « L'épargne accumulée reste relativement faible par rapport aux revenus pétroliers du pays. Cette absence de résultats réduit son impact sur la stabilité économique », souligne le rapport.
Lire aussi : Pourquoi la BAD pousse le Cameroun vers le fonds souverain
Ensuite, précise la BAD, le fonds souffre d'un manque criard de transparence et d'une gouvernance jugée opaque par les experts. L'utilisation de ces ressources s'est souvent éloignée de ses objectifs initiaux, qui consistaient à faciliter le transfert intergénérationnel de richesses et à prévenir les chocs macroéconomiques. Ces vices de gouvernance ont entravé l'allocation efficace des capitaux et repoussé les partenaires internationaux, maintenant l'épargne accumulée à un niveau marginal par rapport à l'historique des revenus de l'industrie extractive équato-guinéenne.
L'inefficacité de ces indicateurs financiers intervient alors que le plus petit producteur de l'OPEP traverse une zone de turbulences macroéconomiques sévères, marquée par l'érosion rapide de sa rente pétrolière. En 2025, l'économie équato-guinéenne s'est contractée de 6,0 % ; signant la seule croissance négative de toute la zone CEMAC ; directement plombée par une chute de 16,8 % de sa production pétrolière. Cette dégringolade est la conséquence du vieillissement des gisements, de l'absence de nouveaux sites et d'arrêts temporaires. Ces contre-performances se traduisent par des tensions budgétaires croissantes : le déficit public devrait se maintenir à 2,1 % du PIB en 2026, avant de se creuser à 3,4 % en 2027, tandis que le déficit du compte courant atteindrait respectivement 2,4 % puis 3,3 % sur la même période, restreignant drastiquement la marge de manœuvre de l'État.
Les perspectives à court terme pour Malabo restent sombres, avec de nouvelles récessions projetées à 1,7 % en 2026 et 1,4 % en 2027, toujours tirées vers le bas par la contraction du secteur des hydrocarbures (-2,6 % attendus en 2026). Pour inverser cette dynamique et amortir le déclin pétrolier, la BAD préconise un changement de paradigme urgent. Elle suggère que les ressources du fonds souverain soient réorientées vers le développement d'un tissu productif national, en finançant directement le secteur privé et les Petites et moyennes entreprises (PME) afin de générer des emplois et soutenir un secteur non pétrolier qui montre, pour l'heure, une timide résilience (+2,3 % de croissance en 2025). « Une restructuration du fonds, accompagnée d'une augmentation du capital et de cadres de gouvernance et de transparence renforcés, est nécessaire pour en améliorer l'efficacité de ce fonds », martèle la BAD.
Lire aussi : Projets intégrateurs : la CEMAC se tourne vers les fonds souverains et institutions nordiques









