Au Cameroun, l'entreprise tunisienne des BTP Soroubat et la chinoise China State Construction Engineering Corporation (CSCEC), ont déjà théoriquement perdu leurs contrats routiers respectifs face à une inertie jugée inacceptable par le gouvernement. Sur l’axe Foumban-Koupamatapit (54 km) à l’Ouest du pays, Soroubat affiche un bilan critique : sept ans après sa mobilisation pour un délai contractuel de 52 mois, l’entreprise n’a réalisé que 38,62 % des travaux pour un délai consommé de 105,75 %, sa performance n’ayant plus évolué depuis juin 2025. Face à cette « défaillance criarde », le ministre des Travaux publics (Mintp) Emmanuel Nganou Djoumessi a acté la « clôture du contrat » le 6 mai 2026 au cours de la revue des projets routiers.
Le constat est identique pour CSCEC dans l’Adamaoua, sur le tronçon Ngaoundéré–Paro (70 km). Malgré un délai de plus de 75 mois entamé en septembre 2019, l'entreprise chinoise n’a exécuté que 35,69 % du chantier, contre une consommation de délais de 105,19 %. Pour sortir de l'impasse, le Mintp a ordonné une « réception des travaux en l’état », procédure d'urgence destinée à écarter le prestataire actuel pour relancer le projet.
Maillon essentiel reliant l'Ouest, le Nord-Ouest et le Nigeria, le bitumage de l'axe Foumban-Koupamatapit représente un investissement de 43,784 milliards FCFA via le Plan d'urgence triennal pour l'accélération de la croissance économique (Planut). Ce projet vise à désenclaver des zones à forte production agricole et halieutique, tout en fluidifiant les échanges transfrontaliers. Pourtant, le prestataire Soroubat est sous le coup d'un constat de défaillance depuis janvier 2024. Avec la menace de résiliation, le Directeur général de l'entreprise, Mohamed Ali Hachicha, avait tenté un plaidoyer auprès du gouvernement afin « d'accélérer la cadence des travaux » et a promis « de transmettre un nouveau planning d'exécution et d'achèvement des travaux au Mintp dans un bref délai ». Une promesse restée visiblement sans effet concret.
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De son côté, la CSCEC peine à livrer le tronçon Ngaoundéré–Paro, un chantier de 31,8 milliards FCFA. Selon le Mintp, « les décomptes émis au profit de l’entreprise s’élèvent à plus de 15,7 milliards de FCFA TTC, dont environ 13,7 milliards déjà payés, laissant un reste à payer de plus de 2 milliards de FCFA ». Déjà notifiée de sa défaillance en juillet 2024, l'entreprise chinoise interrogée sur ses retards à cette période, avait justifié son manque d'efficacité par ses priorités. « Depuis notre création en 1982 nos réalisations sont beaucoup plus axées sur le secteur des bâtiments comme le centre national de natation de Pékin et le Shun Hing Square (Chine), le stade des Martyrs à Kinshasa (RDC), palais des sports à Port-Gentil (Gabon) ». Un aveu d'incompétence sectorielle qui soulève aujourd'hui de sérieuses questions sur les critères de sélection et de contractualisation de ces entreprises par l'État.
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