Au Tchad, le gouvernement a ordonné l’évacuation immédiate de tous les orpailleurs opérant dans la zone aurifère de Miski, dans le département d’Emi Koussi, province du Tibesti. Dans un communiqué publié le 8 octobre 2025, la ministre du Pétrole, des Mines et de la Géologie, Ndolenodji Alike Naïmbaye, « porte à la connaissance des orpailleurs et exploitants miniers œuvrant dans la zone de Misky (…) qu’un délai d’une semaine leur est accordé pour évacuer les sites miniers », avant l’intervention d’une commission mixte chargée d’assurer l’évacuation forcée.
Cette décision intervient dans un climat de forte tension, marqué par la résurgence de violences entre forces armées et groupes locaux. Deux jours plus tôt, une nouvelle faction armée, se présentant comme le Bataillon des Martyrs de Miski, avait exigé dans un communiqué daté du 5 octobre « le retrait immédiat des forces armées tchadiennes du territoire de Miski », après la mort de trois jeunes abattus par des soldats. Le groupe a mis en garde contre « toute conséquence sécuritaire ou militaire », qu’il imputerait « entièrement au gouvernement tchadien ».
Lire aussi : Tchad : accord de paix avec une milice dans une zone aurifère du Tibesti
Au nord du pays, la population de Miski, petite ville enclavée du Tibesti, reprochait déjà en 2018 au gouvernement d’Idriss Déby de s’accaparer les richesses aurifères de cette région montagneuse. Un conflit armé avait alors éclaté et duré plusieurs mois, avant qu’un cessez-le-feu ne soit signé en 2019. Depuis, la question de l’exploitation des mines n’a jamais été réellement réglée, malgré plusieurs tentatives de négociation, y compris sous la présidence actuelle de Mahamat Idriss Déby. En septembre dernier, un accord prévoyant l’amnistie des anciens combattants et la suspension des permis miniers avait été salué comme une avancée majeure. Mais la naissance du Bataillon des Martyrs de Miski et la reprise des tensions montrent que la pacification durable du Tibesti, riche en or et en coltan, reste un défi pour N’Djamena.
L’ordre d’évacuation, motivé officiellement par des impératifs de sécurité, pourrait cependant fragiliser un équilibre déjà précaire dans cette région aurifère stratégique. Le retrait forcé des orpailleurs – dont une grande partie opère de manière artisanale et informelle – risque d’aggraver les tensions locales, dans un contexte où la frontière entre activité minière illégale et enjeux militaires demeure floue.
Lire aussi : Caution bancaire, surveillance satellitaire, sanctions… : le Gabon durcit les conditions d’exploitation de l’or












